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[DOSSIER] : Philippe Derudder : « Si l’être humain crée de la monnaie, il devrait réfléchir au mode de vie qu’il veut financer »

Créé le : 25/01/2021
Crédit : Philippe turpin

Crédit : Philippe turpin

Par Céline Cammarata

Philippe Derudder, ancien chef d'entreprise, désormais auteur engagé sur l'économie alternative, réfléchit à remettre l'économie au service de l'homme et de la planète. Pour lui, la monnaie locale sert cette ambition. 

« La monnaie complémentaire existe tout au long de l’histoire de l’homme. C’est un outil pédagogique qui permet de s’interroger sur nos valeurs, de se réapproprier la monnaie et d’y réfléchir en groupe. La monnaie locale complémentaire et citoyenne comprend trois vocations. La première favorise et soutient les économies locales alors que depuis les années quatre-vingt la mondialisation les assèche. La seconde concerne l’écologie. Consommer local, c’est aussi se poser la question de comment est fabriqué ce que l’on achète, des intrants qui le composent, des avantages écologiques du circuit court. Enfin, et on la néglige trop souvent, la vertu pédagogique est importante. Avant la crise de 2008, on ne parlait pas du système bancaire, de son fonctionnement et de ses nuisances. Les citoyens ne sont pas éclairés sur la monnaie et de ce fait ne réfléchissent pas à un système qui ne soit plus fondé sur une dette perpétuelle. », défend Philippe Derudder. Auteur de plusieurs ouvrages sur les monnaies locales, cet ancien chef d’entreprise a accompagné de nombreux groupes citoyens vers la création d’une monnaie sur leur territoire, notamment en France. Sa réflexion est nourrie de sa propre expérience professionnelle dans le commerce international : « Ma pratique m’a permis de réaliser toute la non pertinence de ces pratiques commerciales qui vont à l’opposé de l’intérêt général. Nous sommes bloqués par d’anciens paradigmes. Puisque l’être humain crée de la monnaie, le problème du financement ne devrait pas exister. On perd le sens. On ne se pose pas les vraies questions et l’argent ne va pas à l’économie réelle pour résoudre la faim dans le monde, développer l’écologie et lutter contre le désordre climatique.»

À lire : Les monnaies locales complémentaires et citoyennes: pourquoi, comment ?, Philippe Derudder (Ed. Yves Michel 2017) 

Une monnaie au service du Bien commun, Philippe Derudder (Ed. Yves Michel 2017) 

[DOSSIER] : Monnaies locales : Quel impact sur les territoires ?

Créé le : 25/01/2021

l’Eusko, monnaie locale du Pays basque. Crédit photo Tala Photographie/Isabelle Miquelestorena

Par Céline Cammarata

Depuis moins de 10 ans, des citoyens mettent en circulation des monnaies locales sur l’Hexagone. Le but ? Redynamiser l’économie d’un territoire par une économie circulaire et favoriser une consommation plus responsable et durable. Mais les monnaies locales doivent encore surmonter des difficultés de mise en pratique.

 

La France offre un intéressant laboratoire aux monnaies locales citoyennes et complémentaires (MLCC). Elle en compte plus de 80 quand le Brésil, avec un territoire et une population sans commune mesure, en recense une centaine.

Et l’article 16 de la loi ESS de 2014, dite Loi Hamon, fait de la France le 1er pays au monde à donner une existence légale aux monnaies complémentaires. L’objectif était clair : reconnaître les monnaies locales complémentaires comme moyen de paiement, dès lors qu’elles sont à l’initiative de structures relevant de l’ESS. Ces monnaies locales servent ainsi des projets qui s’inscrivent dans le respect de l’environnement, l’équité, la lutte contre l’exclusion, ou encore le commerce équitable. Cinq ans plus tard, une enquête nationale est conduite par trois chercheurs, Jérôme Blanc, Marie Fare et Oriane Lafuente-Sampietro, du laboratoire lyonnais Triangle. Elle a donné lieu à un bilan pour l’année 2019-2020 grâce aux réponses de 65 ML.

Cette analyse scientifique relève que, « globalement, en 2019, les 82 ML en circulation enregistrent...

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[DOSSIER] : Jacques-François Marchandise : « Il est temps de refonder la vision du numérique »

Créé le : 21/01/2021
crédit Fing/Viola Berlanda

crédit Fing/Viola Berlanda

Propos recueillis par Virginie Jourdan

Jacques-François Marchandise est délégué général de la Fondation internet nouvelle génération, la Fing, co-initiateur du projet Reset « pour un nouvel internet »plus démocratique, sobre et de proximité. Il est aussi l’auteur de plusieurs études sur les fractures numériques. Pour lui, le numérique n'a pas fini de générer des inégalités.

 

La fracture numérique révèle les limites d'un accès universel au numérique. Est-ce la fin d'un rêve ?

Demandons-nous plutôt où est la société civile numérique ? Il est temps de trouver un juste milieu entre ceux qui dénoncent les excès des réseaux et ceux qui prônent les pleins pouvoirs du numérique. Car dans les deux cas, la parole revient à celui qui parle le plus fort. Il est possible de fonder un Internet de proximité, basé sur la mutualisation des infrastructures. Un numérique plus sobre et choisi plutôt que subi.

La fracture numérique est révélatrice d'inégalités. N'est-elle pas non plus un accélérateur ?

La fracture numérique peut parfois être d’abord une fracture administrative. La massification des usages d'internet ou des équipements ne signifie pas qu'il y a une appropriation. Par exemple, pour l'attestation en ligne qui est proposée pendant le confinement contre la Covid-19. Elle peut être pratique si on a un téléphone mais pas d'imprimante. Mais, avec ses paragraphes à rallonge, elle est incompréhensible pour certains. Il y avait donc besoin de fabriquer une attestation dite facile à lire et à comprendre (Falc).

La stratégie de l'inclusion numérique est-elle pertinente ?

L'e-inclusion telle qu'elle est conçue date d'une vision des années 1990. Elle est exclusivement tournée vers une intention sociale. On s'adresse à des publics fragilisés sur le plan social parce que l'on se rend compte que le web et le numérique ne s'intéressent qu'aux marchés. En 2018, Mounir Mahjoubi qui est alors secrétaire d'Etat au numérique, relance cette idée d'aller vers les publics les plus éloignés du numérique. Mais, à ce jour, on voit que la donne ne change pas. Il faut laisser cette approche restrictive de l'e-inclusion derrière nous pour avoir une démarche plus globale. Le numérique est un domaine dans lequel tout change très vite. La version d'un site Internet peut vous convenir et le lendemain son design change et devient incompréhensible. Pour certaines personnes, se tourner vers le numérique créée plus de problèmes qu'il n'en résout. Il faudra toujours courir derrière un Internet qui se transforme très vite. Peut-être faut-il ralentir ?

Il faudrait renoncer à une partie du numérique ?

Pendant le confinement, l'isolement a été accentué par la fracture numérique. Paradoxalement, le numérique a permis d'organiser des solidarités et de donner des informations sur les lieux de collecte et de dons alimentaires de manière très efficace. Idem sur l'information. Le numérique a permis de démocratiser l'accès à un nombre d'articles de presse bien plus importants que lorsque les journaux n'existaient qu'en format papier. Mais Internet créé aussi de l'infobésité. Finalement, la question à se poser, c'est de savoir si Internet est capacitant ou incapacitant.

Est-il temps de rendre l'instruction du numérique, comme usage plutôt que comme technologie, obligatoire dès l'école ?

Peut-être. Le numérique est partout e­t il pourrait se raconter ou être utilisé depuis la géographie jusqu'aux sciences de la vie et de la terre avec des données environnementales qui sont aujourd'hui collectées. Dans les écoles d'ingénieur, la question peut aussi se poser. Il y est très peu question d'éthique des algorithmes par exemple. La question des enjeux environnementaux du numérique et des enjeux sociaux qu'il pose ne sont pas non plus vraiment abordés. Et cela produit naturellement des aberrations avec des applications qui se préoccupent parfois peu des libertés et de leurs conséquences sociales.

[DOSSIER] : Fracture numérique, des solutions mais pas de magie

Créé le : 21/01/2021
Crédit : OHE_WilliamJEZEQUEL

Crédit : OHE_WilliamJEZEQUEL

Par Virginie Jourdan

Partout sur les territoires, des initiatives et des projets de réduction des fractures numériques se mettent en place, dans un contexte où la dématérialisation devient la règle. Des nuances à apporter à la démocratisation réelle des usages dont les chemins sont nombreux et le chantier bien vaste.

En Bretagne, de la mixité à l'accès au droit

Après avoir lutté pendant 3 ans contre la sous-représentation des femmes dans les entreprises et les métiers du numérique, Estimnumérique vient de prendre le virage de la réduction de la fracture numérique. « Avoir un ordinateur, c'est bien. Mais si l'on ne sait pas faire un achat en ligne ou prendre du recul sur les fake news qui circulent sur les réseaux sociaux, ça devient un problème », explique Mélissa Cottin, directrice de l'association bretonne. À l'issue du premier confinement, elle a lancé les événements Re-connexion. Deux journées programmées à Rennes et Saint-Brieuc pour rencontrer physiquement les personnes éloignées du numérique. Réalisée en septembre à Nantes, cette journée a permis à 55 personnes de se former sur un besoin précis, tel qu'acheter un billet de train en ligne ou partager une connexion web entre son ordinateur et son smartphone. Une question qui se pose aussi avec le nouveau confinement débuté début novembre. Cette fois, l'association veut travailler avec Pôle Emploi. « Ne pas savoir utiliser la plateforme, c...

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[DOSSIER] Numérique : Le nouveau visage des inégalités

Créé le : 21/01/2021
Crédit : MarsMediaLab

Crédit : MarsMediaLab. Le MarsMediaLab, à Marseille, est porté par Urban Prod, association qui oeuvre au développement des usages numériques citoyens sur le territoire. 

Par Virginie Jourdan

Accès aux réseaux, injonction à la dématérialisation, multiplication des équipements nécessaires à la connexion, la crise de la Covid et son confinement de 2020 ont révélé au grand jour la persistance d'une fracture numérique décriée depuis plus de 10 ans. Et de ses effets démultiplicateurs sur les inégalités.

 

Mars 2020. Le gouvernement français annonce un confinement généralisé en réponse à la saturation des hôpitaux et des services de réanimation due aux cas de Covid-19. Pendant deux mois, chacun est invité à se confiner, enfants et étudiants font l'école et l'université à distance et les millions de salariés qui ne sont pas au chômage technique sont invités à télétravailler depuis chez eux. Un passage brutal de la vie réelle à son avatar virtuel. Et un révélateur d'une inégalité décriée depuis des années : celle de l'accès au numérique, mais aussi des conséquences d'une numérisation croissante de la société.

« Pendant cette période, des professeurs ont perdu de vue jusqu'à un tiers de leurs élèves parce que ces derniers n'étaient pas équipés pour suivre l'école à distance », relate Cédric Claquin, directeur d'une association qui coordonne le projet de médiation numérique de la région Sud. Même ton d'alarme chez Valérie Paquet, directrice d'un centre social en Bretagne : « Notre...

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[SOLIDAIRE] Les jardins de Solène, contre le gaspillage alimentaire

Créé le : 19/01/2021
crédit WAD

Crédit WAD. Certaines cantines scolaires ont un partenariat avec la légumerie.

Par Julien Dezécot

La légumerie sociale et solidaire des Jardins de Solène valorise des légumes frais et locaux déclassés en Vaucluse, qui alimentent notamment cantines et supermarchés solidaires du coin. Reportage.

Munis de masques, gants et surchaussures hygiéniques, Lisa, Dimitri, Clément et Yoni lavent, découpent puis emballent en équipe une myriade de carottes fraîches déclassées, produites cette saison par des agriculteurs du Vaucluse. Les machines de découpe, lavage et d'emballage tournent à plein régime dans l'atelier, dans un bourdonnement bienveillant. Ces légumes hors calibre sont ensuite ensachés et estampillés « Jardins de Solène » en barquettes compostables. Puis sont adressés dans les cantines des collectivités du territoire, ainsi qu'en grandes surfaces depuis cette année, pour être proposés « prêts à cuisiner ».
L'originalité de cette légumerie sociale et solidaire de 450 m² : elle emploie 10 personnes à Pernes-les-fontaines près de Carpentras, avec une majorité en situation de handicap - dont certains issus de la rue. Ces derniers participent aux décisions opérationnelles du quotidien de l'entreprise.
Sébastien habite Carpentras. La quarantaine, cheveux courts, regard persan, il a longtemps travaillé en intérim avant d'être embauché ici, en 2008, où il est désormais chef d'équipe. « En...

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