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[INTERVIEW] Olivier Schneider : "Pour la 1ère fois, le vélo est un réel enjeu électoral"

Créé le : 30/03/2021
Crédit photo : FUB

Crédit photo : FUB

Propos recueillis par Élodie Crézé

Olivier Schneider est le président de la Fédération française des usagers de la bicyclette (Fub). Si le vélotaf se développe dans plusieurs villes du territoire, de nombreux freins restent encore à lever. Notamment dans le cadre législatif, alors que la loi Climat et résilience est en cours d'élaboration.

Alors que le transport représente près d'1/3 de nos émissions de gaz à effet de serre, le vélo est quasi absent du projet de loi Climat et résilience. Près de 90 % des amendements issus des propositions de la Fub ont été rejetés...
En effet, aucun des 149 amendements émanant des propositions des 150 citoyens(1)et associations de vélo, reprises par les députés de tous bords politiques, n'a été conservé dans le projet de loi, sous prétexte qu'ils n'auraient pas de portée législative ! (2) Pourtant, avec la pandémie, les Français ont montré qu'ils avaient une appétence pour le vélo. Et lorsque l'on voit que le transport constitue 27 % des émissions de gaz à effet de serre et qu'en déployant le Système vélo on pourrait les réduire d'environ un quart, il paraît absurde que la loi ne prévoit rien en ce sens ! Le Coup de Pouce Vélo(3) a montré que les citoyens étaient prêts à se mettre au vélo s'il y avait des politiques en ce sens, qui sont d'ailleurs d'un coût dérisoire si on les compare aux aides données à l'industrie automobile ou à l'aéronautique.

Qu'est-ce qui constitue un frein au dévelopement du vélotaf ?
Aujourd'hui, 60 % des Français.es sont prêts à passer au vélo dès demain, à condition qu'on leur fournisse un "Système vélo"qui induit un maillage de pistes cyclables continues et sécurisées. Le sentiment de confort et de sécurité est essentiel. Même si beaucoup de villes ont fait des progrès, il reste encore à développer les infrastructures, mais aussi agir sur la sensibilisation pour désamorçer les conflits – fréquents - entre piétons et cyclistes ou entre cyclistes et automobilistes. Mais aussi agir contre le vol, rendre possible l'intermodalité en favorisant les trajets combinés "transports en commun-vélo", notamment dans les milieux ruraux. Il faut organiser cette complémentarité des transports pour que le progrès du vélo ne soit pas seulement celui des grandes métropoles, mais bénéficie à tous et notamment ceux qui sont condamnés à la voiture !

Vous éditez un baromètre des villes cyclables tous les 2 ans (4). Observe-t-on une progression du vélotaf ?
Dans le baromètre, les gens répondent exactement aux mêmes questions à deux ans d'écart. Et à la question "est-ce que dans votre ville les conditions se sont améliorées sur les 24 derniers mois", tout le monde reconnaît assez unanimement que oui. Néanmoins les gens mettent de moins bonnes notes que 2 ans plus tôt. En fait, le baromètre mesure l'écart entre une attente et un ressenti subjectif. Cela veut dire que le niveau d'exigence augmente, notamment sur la sécurité ! C'est très bon signe pour sortir d'une pratique du vélo réservée exclusivement aux hommes de la quarantaine.

Vous avez lancé un label employeur pro-vélo en janvier 2021(5). Vise-t-il à encourager le vélotaf ?
Il s'agit en effet d'un guide pour les employeurs souhaitant favoriser le vélo parmi leurs employés. L'employeur bénéficie de 5000 euros par site pour mettre en place des prestations comme des stationnements vélo. En échange, il s'engage à se faire auditer : il y a une obligation de moyens mais pas de résulats. Le résultat de l'audit est rendu public, ce qui favorise la création d'une communauté d'employeurs favorables au vélo. Globalement, le vélo améliore la santé et la productivité des salariés. Il permet de faire des économies de parking, de se lancer dans une activité économique (ex la réparation de vélo, ou une activité de type coiffeur à vélo, paysagiste à vélo, etc). On souhaite à la fois promouvoir ces diverses activités, mais aussi les employeurs lambda pour qu'ils encouragent leurs employés à se déplacer en vélo. Ce programme d'un budget de 40 millions d'euros va permettre d'accompagner 4500 employeurs pour les guider en ce sens.

Le vélo est-il un enjeu des Régionales et des Départementales ?
Pour la 1ère fois, le vélo est réellement un enjeu électoral. Pour que le Système vélo fonctionne, il faut que les collectivités fassent leur part. Tout le millefeuille territorial doit s'entendre sur le fait que le vélo est désormais un outil pour tout un ensemble de politiques publiques.

Notes de bas de page

  1. de la Convention citoyenne pour le climat

  2. Les amendements sont jugés irrecevables avant même d'être discutés en commission spéciale, car ils seraient "hors-sujet" avec le contenu initial de la loi.

  1. 2020 a été marquée par le boom du vélo grâce notamment à la mise en place par l'État du Coup de Pouce Vélo, (qui permet de bénéficier de 50 euros pour faire réparer son vélo -1,5 M vélos réparés) et le développement de pistes cyclables à la sortie du premier confinement.

  2. Le prochain doit sortir en janvier 2022

    (5) Label lancé avec l'Ademe

 

Plus d'infos : www.fub.fr

[BICYCLETTE] A Grenoble, tout en vélo au boulot

Créé le : 18/03/2021
Crédit photo : B. Poussard

Pour traverser l'Isère en douceur et avec vue sur la Chartreuse en direction d'un rendez-vous médical, quoi de mieux qu'un petit vélo-taxi pour cette retraitée ? Crédit photo : B. Poussard

Par Bruno Poussard

Déménageurs, restaurateurs, taxis, livreurs, réparateurs, coursiers... En vélo-cargo, avec une remorque ou juste des mollets bien entraînés, tous ces métiers peuvent se conjuguer avec le verbe pédaler. Surtout en ville. Des professionnels bien équipés le pratiquent et le défendent à Grenoble. Reportage.

Le soleil n’a pas encore franchi les montagnes. Emmitouflé, Gauthier Urbain n’a plus qu’à enfiler ses gros gants avant de sortir son vélo. Les premiers rayons éclairent enfin Grenoble mais il gèle toujours en arrivant au Marché d’intérêt national. Dans les locaux de Mangez bio Isère qui relie producteurs et restaurateurs, une palette l’attend. Gauthier la charge sur sa remorque avec un chariot élévateur et repart à sa vitesse de croisière : 25 km/h. Casque sur la tête, l’Isérois de 29 ans enchaîne pistes et bandes cyclables, prévient « je passe à gauche » quand il double, déborde sur la route quand un plot le gène. Il livre deux crèches. Un lycée. Un restaurant de quartier. Un magasin de Vrac. Pas besoin de l’application de navigation Geovelo ce matin, Gauthier maîtrise. Diplômé de Sciences Po, il se reconvertit en accompagnateur en montagne tout en travaillant à vélo. Une envie de dehors, d’activité physique, d’éthique au boulot. Un temps auto-entrepreneur pour Deliveroo, il est employé par Toutenvélo Grenoble depuis un an. Sur des volumes moyens en milieu urbain, la livraison à la pédale proposée depuis 2016 par la coopérative est très compétitive. « On...

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