revenu universel

[CHRONIQUE LITTÉRAIRE] : #MeToo en BD

Créé le : 18/01/2021
balance ta bulle

Par Marie Martinez

Dans cette rubrique de chroniques littéraires, Sans transition ! revient sur de nombreux ouvrages proposant une réflexion sur l'urgence climatique et la nécessaire transition écologique, mais aussi sur divers sujets qui animent et traversent notre temps. La rédaction vous propose ici une sélection de chroniques inédites, non parues dans notre magazine.

#MeToo en BD

Quand 62 dessinatrices témoignent du harcèlement et des violences sexuelles, cela donne une anthologie bouleversante qui fait éclater la bulle.
Après la vague # MeToo, et plus récemment des témoignages comme ceux de Vanessa Springora ou Camille Kouchner, les souvenirs enfuis refont surface et la parole (ou le dessin) se libèrent. C'est l'occasion pour une soixante d'artistes de s'interroger sur le sujet, chacune à sa façon et dans son style de dessin, et de raconter leurs propres histoires en quelques pages, et surtout comment elles ont trouvé la force de faire face. Car prendre la parole et surtout son crayon, c'est déjà reprendre son pouvoir. Authentique, cru ou poétique, mais nécessaire.

Comme le dit Diane Noomin, qui a coordonné l'anthologie, dans sa préface : "Ces artistes ne se présentent pas en victimes, mais plutôt comme passeuses de vérité, et dévoilent au grand jour les vilains secrets de leurs agresseurs." Elle raconte également : "Parmi toutes les femmes que j'ai contactées, une seule m'a dit qu'elle n'avait jamais vécu une telle expérience. Pour certaines, les événements étaient encore trop récents pour qu'elles réussissent à témoigner. Mais la plupart étaient impatientes d'apporter leur pierre à l'édifice."
Et l'édifice est monumental. Autant dire que les histoires foisonnent, diverses, variées, comme omniprésentes dans la vie des femmes.

#Balance ta bulle, collectif sous la direction de Diane Noomin, éditions Massot, octobre 2020, 304 pages, 28 euros.

 

 

Peu mais délicieux

L'économiste Serge Latouche, après son Petit traité de la décroissance sereineet Comment réenchanter le monde, revient avec un essai inédit sur la gastronomie et la joie. Nous assistons à la faillite du bonheur lié à l'abondance, au progrès et à la modernité. Face à la crise de la société de consommation et son désastre écologique, un art de vivre joyeux est possible dans la frugalité, la convivialité et les plaisirs de la table. La décroissance n'est pas forcément synonyme d'austérité et de malbouffe. De Slow Food à la reconquête du temps libre : il s'agit de revenir à l'essentiel, éviter le superflu pour mieux goûter le bonheur d'une nourriture saine et responsable.

L'abondance frugale comme art de vivre. Bonheur, gastronomie et décroissance, Serge Latouche, éditions Rivages-Payot, octobre 2020, 208 pages, 9,50 euros.

 

 

 

 

 

Plaidoyer pour le salaire du bonheur

Benoît Hamon revient en détails sur le revenu universel qu'il avait défendu dans son programme de candidat à la présidentielle dans Ce qu'il faut de courage. Plaidoyer pour le revenu universel.
Alors que la pandémie a encore creusé les inégalités, le revenu universel, individuel et inconditionnel serait une contrepartie légitime au partage inégal des richesses entre les hommes, génération après génération. Certains pays ont testé des expériences d'allocations plus ou moins provisoires pour les plus pauvres. Mais la crise de la Covid-19 a aussi fait réfléchir sur la perception du travail, les priorités de chacun, sa place dans la vie de chacun et dans la société, l'utilité de certaines tâches non rémunérées et l'utilité de certains métiers aux bas salaires, etc.
Non seulement le revenu universel éradiquerait la précarité et la pauvreté, mais il serait surtout un outil d'émancipation qui éradiquerait la charge mentale, le stress et l'angoisse des fins de mois difficiles voire des fins de revenus.
Les études ont montré (notamment lors d'une expérimentation finlandaise) que le revenu universel et inconditionnel est "source de bien-être parce qu'il donne de l'autonomie et donc une maîtrise, perdue ou inconnue jusqu'ici, de leur propre vie". "L'argent permet au citoyen de se réapproprier le temps qui lui manque cruellement pour choisir sa vie." Ce salaire du bonheur serait à opposer au salaire de la peur et du carcan à court-terme.
Quant à la peur des opposés à ce revenu, ce serait de favoriser la paresse et de dénaturer les valeurs du travail. Ce n'est pas ce que démontre la Prix Nobel d'économie Esther Duflo : "Quelqu'un qui perçoit un revenu garanti ne s'arrête pas de travailler parce qu'il a d'un coup assez d'argent". Au contraire, cette autonomie "permet de se former, de mener à bien un projet professionnel, de déménager pour se rapprocher d'un emploi, bref de travailler plus". "L'homme n'a aucune pente naturelle au parasitisme. Il ne s'épanouit pas naturellement de vivre aux dépens des autres. Il cherche l'œuvre à partir de laquelle il s'accomplira, tirera estime de lui-même et obtiendra la reconnaissance des autres. Cette œuvre, il veut l'atteindre par le travail."
Alors, prêts pour la grande conquête sociale du siècle ?

Ce qu'il faut de courage, Plaidoyer pour le revenu universel, Benoît Hamon, éditions des Équateurs, octobre 2020, 256 pages, 18 euros.

Traverser l'épreuve

Frédéric Worms est professeur de philosophie à l'École normale supérieure et membre du Comité consultatif national d'éthique. Il est aussi l'auteur, entre autres, de Revivre, Éprouver nos blessures et nos ressources ou Les Maladies chroniques de la démocratie. Il écrit également des chroniques pour le journal Libération. Ce recueil en rassemble un certain nombre parues entre 2015 et 2020, de l’attentat de Charlie Hebdo jusqu’à la pandémie, en passant par # MeToo ou l'incendie de Notre-Dame. Ces textes nous aident à trouver du sens face à la sidération et aux dangers qui nous menacent. « Car le propre et le pire de la sidération, c’est qu’elle semble détruire jusqu’au sens de ce qu’elle vient atteindre, ce sens sans lequel pourtant elle ne serait pas possible. »

Après le choc, comment répondre et réagir ? Qu'est-ce que cela détruit ? Comment entrer en résistance ? « Peut-être ne sommes-nous pas totalement démunis pour répondre, c’est-à-dire pour nous orienter et donc pour résister à une possibilité à venir, en en dessinant une autre. »

Quand la philosophie vient au secours du citoyen.

Sidération et Résistance. Face à l’événement 2015-2020, Frédéric Worms, éditions Desclée de Brouwer, septembre 2020, 328 pages, 17,90 euros.

 

 

>>>Retrouvez d'autres chroniques de Marie Martinez, sur ce lien :  Autrice – Blogueuse | Marie Martinez

[ ÉCOLOGIE ] Un revenu universel pour sortir du productivisme ?

Créé le : 13/03/2020

Par Guillaume Bernard.

Produire moins permettrait de réduire la production de CO2. Mais comment faire pour que la baisse de la production n’appauvrisse pas davantage les plus pauvres ? À cette question certains répondent : « revenu universel ».

Il est bien difficile de savoir précisément de quoi on parle quand on évoque le « revenu universel ». Si le principe de base est toujours le même - on verse régulièrement une somme d’argent à toute une population -, les différentes modalités qui le conditionnent en changent fortement l’objectif. Il a d’ailleurs déjà été utilisé pour permettre à une population, non pas de réduire son activité économique, mais de la relancer. C’est le projet qu’a financé l’église protestante allemande en Namibie, son ancienne colonie. Pendant deux ans (2008-2009), 930 citoyens ont reçu l’équivalent de 12 dollars par mois. Un revenu conséquent quand 30 % de la population namibienne vit avec moins d’1 dollar par jour. Le rapport qui effectue le bilan de cette expérience conclut que les habitants ont réussi à augmenter leur revenu de 29 %, hors versement du revenu de base, et que le taux de chômage est passé de 60 % à 45 %.

En France, le gouvernement d’Emmanuel Macron envisage lui aussi d’instaurer un « revenu universel d’activité ». Si les modalités n’en sont pas encore fixées, puisque la concertation à son sujet doit s’achever en juin 2020, on sait d’ores et déjà qu’il consisterait en une fusion des différentes aides sociales : revenu de solidarité active, prime d’activité, aide personnalisée au logement etc. Cette nouvelle allocation n’aura fi nalement rien d’universel puisqu’elle dépendra des situations particulières de chacun et ne sera pas remise à tous. Dans ces différents cas, le revenu universel n’a aucunement pour but de se substituer à l‘emploi et n’a donc pas pour effet de réduire ou de réorienter l’activité économique.

Des revenus inconditionnels substituables au salaire

Il en va tout autrement du « revenu inconditionnel » proposé par Baptiste Mylondo et qu’il qualifie lui-même de « décroissant et de gauche ». Estimé à 1 000e mensuels, soit 60% du revenu médian, il serait versé à tous, pendant toute sa vie, sans condition et sans contrepartie. Il conserverait également la branche maladie de la sécurité sociale. C’est la proposition la plus proche de celle qui a fait le succès de Benoît Hamon lors des primaires de la gauche en 2017. Le candidat du Parti socialiste à la présidentielle proposait toutefois un revenu bien moins élevé puisqu’il le fixait à 600e. Pour Baptiste Mylondo, le « revenu inconditionnel » est une réponse écologique aux conséquences néfastes de la croissance sur les émissions de CO2 puisqu’il encourage à la sobriété volontaire. Il serait couplé avec l’instauration d’un salaire maximum, quatre fois supérieur au revenu inconditionnel et financé par une plus forte progressivité de l’impôt, par la fin des politiques de l’emploi et par la fusion de toutes les allocations sociales existantes inférieures aux 1 000e.

« La totalité des fruits de notre travail, aussi appelée plus-value, serait prélevée sous forme de cotisation et mise en commun dans différentes caisses », Baptiste Pagnier, militant du Réseau Salariat

Dans ce système, les personnes qui voudraient gagner plus de 1 000e par mois gardent la possibilité d’aller s’employer sur le marché. C’est ce qui différencie profondément la proposition de Baptiste Mylondo de celle du Réseau Salariat, qui en prévoit la suppression.

À elle seule, l’activité numérique représente 5% des émissions de gaz à effet de serre. Photo : Pixabay

Estimé entre 1 500e et 6 000e mensuels selon la qualification, le « salaire à vie », et non plus « revenu universel », serait la seule source de revenu possible dans le modèle promu par l’économiste Bernard Friot, dont s’inspire le Réseau Salariat. Il consiste à étendre à tous, le statut qui est actuellement celui des fonctionnaires. « La totalité des fruits de notre travail, aussi appelée plus-value, serait prélevée sous forme de cotisation et mise en commun dans différentes caisses », explique Baptiste Pagnier, sociologue. « Une caisse serait  chargée de redistribuer ces cotisations sous forme de salaire à vie, une autre d’investir dans les secteurs de la production que, collectivement, nous aurons jugé bon de développer », continue le militant du Réseau Salariat. C’est par la gestion collective de ces caisses, à la tête desquelles le Réseau Salariat entend mettre des salariés, qu’elle apporte une réponse aux problèmes écologiques posés par la surproduction. Cette fois, il ne s’agit plus forcément de réduire la production mais d’en reprendre le contrôle. « Nous pensons qu’en donnant aux producteurs la possibilité de répondre à la question : “qu’est-il est bon de produire et en quelle quantité ?”, les excès propres à la recherche infinie de la croissance et du profit disparaîtront », conclut Baptiste Pagnier. Et donc que la planète s’en portera d’autant mieux !

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