Education

[INTERVIEW] Pierre Rabhi : « Cultivons l’amour, transmettons des compétences et des vertus pour ne plus voir l’autre comme un adversaire »

Créé le : 29/04/2021

Par Étienne Lannuzel

L’agriculteur et essayiste Pierre Rabhi était l’invité de notre émission Le Web Sonne du 27 avril pour un grand entretien. L’occasion d’échanger avec lui autour de sa philosophie de « sobriété heureuse ».

Vous prônez la sobriété heureuse, mais sans pour autant prôner un monde qui serait dénué de plaisirs, voire même austère. Où se situe donc cette ligne de crête que vous appelez de vos vœux ?

Nos sociétés sont marquées par la surabondance, la surreprésentation du divertissement, mais aussi le recours aux anxiolytiques, etc. J’ai l’impression que nous sommes sur une planète qui nous offre tout ce qu’il faut pour être dans la joie, mais que nous n’arrivons pas à en bénéficier. Nous voulons fuir une réalité que nous avons du mal à assumer. L’individu est pris dans une logique d’incarcération. Nous sommes constamment enfermés dans des boîtes : lorsque nous travaillons, lorsque nous nous amusons… Sommes-nous vraiment dans une société qui a su créer du bonheur ? Nous sommes en définitive sur cette planète pour vivre, et non seulement exister.

En quoi cette sobriété heureuse nous permettrait de mieux faire face à la crise actuelle ?

Il faut élaguer le superflu de nos besoins. Nous nous contentons de petites satisfactions ici et là, mais cela ne participe pas pleinement à la vie. Il n’y a qu’à observer les étals de marché ou les décharges publiques pour constater qu’une part importante de l’énergie humaine est consacrée à la production de biens inutiles, voire agressifs et destructeurs. Nous devons renverser la logique, à l’image de la sobriété dont nous faisons preuve sur notre site en Ardèche (NDLR : le Hameau des Buis à Berrias-et-Casteljau). Nous nous sommes établis sur un lieu au départ sans eau, sans électricité, car nous étions éblouis par sa beauté et sa proximité avec la nature.

Fondamentalement, la question que nous devons nous poser avant toute chose est : que voulons-nous faire de la vie ? Malgré des ressources considérables, nous n’arrivons pas à trouver le bonheur. C’est là qu’intervient l’intelligence - à ne pas confondre avec les aptitudes. Tant que nous n’aurons pas défini une bonne fois pour toutes ce que nous souhaitons faire de la planète et de la vie, nous continuerons à être victimes d’un système dans lequel nous perdons pied et où le contrôle nous échappe.

Dans le film Pierre Rabhi - Au nom de la terre, vous employez le vocabulaire de la lutte. Pourtant, dans l’ensemble de votre œuvre, nous entendons peu parler de conflictualité. Le changement vers une vie meilleure est-il possible sans entrer dans un conflit ?

Oui, si nous travaillons sur l’éducation de nos enfants. Nous arrivons au monde et héritons de notre famille et de notre culture. Et déjà, on nous inculque la dualité, la subordination. Nous construisons ensuite notre vie sur ces critères de départ. J’ai souvenir de l’humiliation que l’on faisait subir aux enfants qui avaient mal travaillé à l’école. Cela serait tout autre si, dans notre éducation, nous privilégions l’émulation à la compétition. Cette éducation devrait être éveil, douceur, bonté et bienveillance. Cultivons l’amour, transmettons des compétences et des vertus pour ne plus voir l’autre comme un adversaire. Pour ce faire, les « pédagogues » ont eux aussi besoin d’intégrer ces valeurs. Si l’humanité change, la société changera.

Serge Montfort : la BD nature, du crayon à l'édition

Créé le : 26/09/2016
Serge Montfort. Page de la Bande dessinnée "De mémoire de loup"

Serge Monfort milite à sa façon pour la défense de la nature : avec un crayon à la main. En dessinant les aventures du chien Toupoil cet auteur-dessinateur-éditeur de bandes dessinées souhaite sensibiliser les enfants aux dangers qui guettent la faune européenne.

 

L'histoire de Serge Monfort, ancien maquettiste publicitaire, c'est aussi celle de Toupoil et de la maison d'édition Crayon Vert.Passionné par la nature le dessinateur souhaite publier une bande dessinée pour faire découvrir aux enfants de 6 à 8 ans la faune et la flore européenne contemporaine. Mais aucune maison d'édition n'est intéressée par son projet : « La nature est le cadet de leurs soucis ! » tempête l'auteur. Avec sa femme ils décident alors de s'auto-publier en créer leur maison d'édition, Crayon vert. C'est ainsi que le premier tome « Toupoil, le chien loutre » paraît en 2010. Trois autres tomes ont été réalisés depuis. Ils racontent « l'histoire d'un chien libre, comme l'appelle mes lecteurs », précise Serge Montfort. Un cabot qui se promène dans la nature sauvage européenne et rencontre des animaux confrontés à la main mise de l'homme sur leur milieu.

Apprécié des enfants et des enseignants

L'auteur fait tout du début à la fin: scénarios, dessins et couleur, qu'il ajoute à l'aquarelle. Un travail d'orfèvre qui demande à cette artisan du crayon un à deux ans pour réaliser chaque ouvrage. Le résultat donne à lire des histoires captivantes et à regarder des dessins emprunts d’une grande douceur. A la fin de chaque exemplaire un dossier documentaire de 5 pages présente, d'une manière plus scientifique, l'animal dont parle l'album. Le dessinateur consulte des naturalistes, fait des photographies et réalise des cartes. À ce travail s'ajoute celui de la diffusion, qui n'est pas le plus simple. « Nous n'avons pas de gros budgets pour la communication et il est donc difficile d'avoir une bonne diffusion nationale ». Mais les aventures de Toupoil sont très appréciées par les enfants et les enseignants. Singulièrement en Bretagne, où réside l'auteur. Le prochain tome devrait traiter des blaireaux : «  Je voudrais dénoncer le déterrage de ces animaux par les chasseurs. La France est le dernier pays d'Europe à autoriser cette pratique! » Un ouvrage qui encore une fois alliera divertissement et sensibilisation à la défense de l'environnement.

Plus d'info :

www.toupoil.com

 

INTERVIEWS SONORES - Pédagogie Freinet : à l'école de la liberté - Partie 2

Créé le : 01/04/2016

Les 66 élèves de l’école Freinet de Vence (Alpes-maritimes) sont formés à « l’éducation au travail », selon le titre de l’ouvrage écrit par Célestin Freinet lui-même. C'est d'ailleurs dans cet établissement que cette figure des pédagogies « alternatives » a mis au point sa méthode, dès 1936. Durant une journée complète, nous sommes allés à la rencontre de ces jeunes pour tenter de comprendre les tenants et les aboutissants de cette autre façon d'apprendre, résolument tournée vers la nature. Entretien sonore avec Aurélia Levet, directrice de l'école de Vence, et David Bichue, parent d'élève. 

Tags: 

INTERVIEWS SONORES - Pédagogie Freinet : à l' école de la liberté - Partie 1

Créé le : 30/03/2016

Les 66 élèves de l’école Freinet de Vence (Alpes-maritimes) sont formés à « l’éducation au travail », selon le titre de l’ouvrage écrit par Célestin Freinet lui-même. C'est d'ailleurs dans cet établissement que cette figure des pédagogies « alternatives » a mis au point sa méthode, dès 1936. Durant une journée complète, nous sommes allés à la rencontre de ces jeunes pour tenter de comprendre les tenants et les aboutissants de cette autre façon d'apprendre, résolument tournée vers la nature. Voici deux premiers entretiens sonores réalisés en compagnie de Celia, Lina et de Chade, élèves « freinésiens ».

 

Plus d'infos :

Sur le site de l'institut Freinet de Vence.

Tags: 

Partager

S'abonner à Education