covid-19

[INTERVIEW] Antoine Burret : "L'essentiel dans le tiers-lieu, est l'intention de se rencontrer"

Créé le : 05/04/2021
Le Vesseaux Mère - La Trame @Alexa Brunet

 Le Vesseaux Mère - La Trame / Crédit photo :Alexa Brunet

Propos recueillis par Élodie Crézé

 Antoine Burret est sociologue à l’Institut des Sciences des Services au Centre Universitaire d'Informatique de l’Université de Genève.(1) Impliqué dans la création et le fonctionnement de tiers-lieux en Europe(2), il revient sur les bases qui conditionnent la réussite et la durabilité d'un tiers-lieu.

Peut-on revenir sur les critères qui définissent un tiers-lieu ?

C'est un lieu de rencontre et de convivialité qui permet à des personnes de faire des choses ensemble. Ce sont des lieux où s'expriment de nouvelles formes de travail, d'hospitalité ou de production (coworking, fablab). L'essentiel n'est pas la forme que cela prend mais l'intention initiale d'une communauté de se rencontrer.

Pour qu'un tiers-lieu soit pérennisé, quelles sont les conditions indispensables ? Y a-t-il une méthodologie spécifique ?

Non, il n'y en a pas. La condition sine qua non pour que cela tienne reste cette intention commune de "faire ensemble". Ensuite, les différents moyens pour assurer la durabilité dans le temps dépendent des activités qui y sont menées, et du territoire dans lequel le tiers-lieu est ancré. Au-delà de l'idée de valeurs communes, il faut créer de la discussion, de l'antagonisme ! Il faut garder cette pluralité des typologies des tiers-lieux, qu'ils s'implantent dans les campagnes ou dans les quartiers urbains, et ne pas consacrer le tiers-lieu comme un objet de politique publique. Il faut aussi conserver, outre la diversité de formes, celle des financements, et du modèle choisi. Aujourd'hui nous sommes arrivés à une forme de maturité du marché des tiers-lieux.

Le gouvernement souhaite encourager le tiers-lieu afin de revitaliser les campagnes et certains quartiers urbains. Mais peut-il réellement dynamiser un territoire ?

J'espère, en comptant sur l'indépendance des acteurs de terrains, que les injonctions publiques ne vont pas déformer l'intention initiale des tiers lieux - celle de créer ce lieu de la rencontre et de la critique. Si un tiers-lieu se résume à accueillir des services publics par exemple, et qu'il est dépourvu de cette notion de lieu "ancré" dans son territoire qui accueille une forme de controverse, il perd de sa substance. En revanche, le croisement entre un service public et une autre activité est intéressant. Gageons que les moyens alloués pour les soutenir soient là pour préserver cette hybridité et ce "sortir de chez soi"qui les caractérisent. C'est comme cela qu'ils sont efficaces.

La Covid a-t-elle mis en lumière une certaine fragilité des tiers-lieux ?

Si la crise de la Covid a permis à de nouveaux tiers-lieux de s'inventer et a su montrer, sur tout le territoire, leur importance et leur rôle, elle a aussi mis en lumière certaines limites : notamment celle du modèle locatif comme base quasi unique de revenus. En revanche, ces espaces de rencontre, de réseau abritant des capacités techniques ont réellement pu aider des personnes. Dans un tel contexte, les tiers-lieux servent d'autant plus à recoudre ce qui est décousu...

  1. auteur d'une thèse « Étude de la configuration en tiers-lieu : la repolitisation par le service », d’articles et d’ouvrages édités notamment dans l'ouvrage Tiers-lieux et plus si affinités, chez FYP édition.

  1. Il a co-initié le programme Pouvoir d'Agir en Tiers-Lieux (PATL) soutenu notamment par la Fondation de France pour asseoir au travers des tiers-lieux les droits des individus et leurs capacités d’action et de reconnaître la force des communautés à faire – en complémentarité des acteurs et secteurs déjà institués (publics et privé). 

[DOSSIER] Multiservice, tiers-lieux... le renouveau des campagnes

Créé le : 05/04/2021

Crédit : Pixabay

Par Quentin Zinzius

Territoires longtemps oubliés par les politiques publiques, les campagnes se sont progressivement vidées de leurs commerces et services. Et alors que la vie rurale devient le nouvel idéal de beaucoup de Français éprouvés par les confinements, citoyens et collectivités tentent tant bien que mal de faire revivre leurs territoires.

 

Avec le premier confinement et l’instauration du télétravail, de nombreux franciliens et autres habitants des grandes métropoles ont quitté leurs petits appartements pour profiter de la campagne et de ses grands espaces. Un mouvement de population soudain, qui pourrait pourtant bien devenir une nouvelle norme. Selon une étude de « Paris, je te quitte »[1] réalisée en mai 2020, 42 % des Franciliens seraient même prêts à quitter la capitale « dès que possible », pour un environnement « moins stressant, et plus proche de la nature ». Une envie partagée à l’échelle nationale, puisque selon le dernier sondage Ifop [2] pour l'association Familles Rurales, datant de 2018, 81 % des Français souhaitent vivre à la campagne. Pourtant, selon ce même sondage, la vie à la campagne n’est pas des plus faciles : la majorité des ruraux (51 %) s’estiment abandonnés par les pouvoirs publics, et font face à la disparition de nombreux services, pourtant essentiels....

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[DOSSIER] Pour un accès universel : quel modèle de santé public ?

Créé le : 28/03/2021

légende : Et si l'on étendait la sécurité sociale à l'alimentation ? (photo prise au marché rouge). Crédit Guillaume Bernard

Par Guillaume Bernard

Et si le modèle pour un accès universel à la santé était là sous nos yeux et s'appelait la Sécurité sociale ? Et s'il suffisait simplement de l'étendre encore davantage ?

« La santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, (...) ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe », déclare Emmanuel Macron le 12 mars 2020, alors qu'il instaure le 1er confinement. Si l'on considère, comme le Président, que la période a été le lieu d'une « guerre », contre la Covid, on peut effectivement lui trouver des points de comparaison avec celle qui vit naître « la sécu ».

Car c'est au sortir de la Seconde Guerre mondiale que le gouvernement de Gaulle institue, par ordonnance, la Sécurité sociale. Il réalise ainsi une des réformes du Conseil national de la Résistance inscrite dans son programme « les jours heureux ». Le ministre communiste Ambroise Croizat, chargé de sa mise en place dès 1946, opte pour une gestion décentralisée des caisses de la sécu.

« Au départ, ce n'est pas l’État qui décide de leur fonctionnement, elles sont gérées uniquement par les travailleurs, pour les travailleurs, jusqu'à la fin des années 1960. La Sécurité sociale est conçue comme une contre-société, où une part conséquente de la valeur produite échappe au marché et est directement redistribuée pour financer le solidarité nationale », détaille Bernard Friot, sociologue ayant commis une thèse sur la construction de la Sécurité sociale, dans une conférence à l'université Paris-Nanterre.

Avec son système de prélèvement direct sur la valeur ajoutée et l'obligation d'affiliation de tous les citoyens, la « sécu » est encore, à l'heure actuelle, le seul dispositif de solidarité à être adapté « quand le destin frappe ». Emmanuel Macron aura eu l'occasion de s'en apercevoir.

La sécu : dispositif le plus efficace contre les inégalités de santé ?

Dès sa conception, la Sécurité sociale ne s'arrête pas à la question des seules maladies. « On sait bien que pour protéger également les citoyens face aux aléas de la vie, il ne faut pas seulement les soigner quand ils sont malades. Il faut mettre en place des dispositifs de solidarité qui apaisent leur existence. Quelque part, la sécu, c'est le moyen le plus efficace que l'on ait trouvé pour lutter contre les inégalités de santé », explique Cédric Volait, coordinateur régional CGT santé en Paca. À travers ses diverses branches, la Sécurité sociale rend donc possible non seulement l'accès gratuit pour tous à la santé mais également la mise en place des retraites, ou encore de l'assurance chômage.

« L'idée de la sécu est révolutionnaire. Grâce à la cotisation, c'est-à-dire une mise en commun d'une partie des fruits de notre travail, on finance les besoins de toute la société ! », s'émerveille Bernard Friot. Plus de 75 ans plus tard, le système social français redistribue toujours l'équivalent de 25 % du PIB soit 470 milliards d'euros (chiffres de 2018). Question viabilité, depuis les années 1970, la sécu alterne les période de déficit et de redressement. Malheureusement, la perspective du retour à l'équilibre s’éloigne toutefois dès 2019 et un déficit historique est attendu en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19 en France (voir encadré).

Étendre la sécu à l'alimentation ?

La sécu serait tout de même un modèle gagnant ? C'est en tout cas ce que pensent différentes organisations associatives ou syndicales (parmi lesquelles la Confédération Paysanne, le Réseau Civam ou le Réseau Salariat), associées à des chercheurs universitaires, qui souhaitent s'emparer du modèle de fonctionnement de la Sécurité sociale pour l'étendre à l'alimentation. L'idée est simple : chaque citoyen aurait gratuitement droit à 150€ de nourriture par mois. Il pourrait choisir parmi une liste de produits établis par des caisses où siégeraient des citoyens mandatés.

La proposition possède un double avantage : permettre aux plus pauvres de se nourrir, mais également garantir des volumes d'achats aux producteurs. Une des pistes explorées suggère même que les agriculteurs qui le souhaitent puissent devenir salariés des caisses.

Comment trouver l'argent ? La recette est la même : par la cotisation, qui pourrait être prélevée sur les salaires - à condition d'augmenter les plus bas, précise le réseau salariat - ou sur les profits des entreprises. Si la proposition est ambitieuse, elle n'a cependant rien d'utopique. La liste de gauche « Villeurbanne en commun », qui a remporté la mairie de la ville en 2020, a fait savoir qu'elle souhaitait expérimenter le dispositif.

Plus d'infos :

www.reseau-salariat.info

 

Deux manières de voir le trou de la sécu

Le projet du Conseil national de la Résistance a-t-il du plomb dans l'aile aujourd'hui ? C'est ce que laissent penser les prises de position politiques alarmant sur « le trou de la sécu ». De fait, la Sécurité sociale alterne les périodes de déficit et de redressement depuis de nombreuses années. En 2019, le « trou » était d'environ 5 milliards d'euros. Il devrait atteindre les 44 milliards d'euros en 2020 car au-delà des dépenses de santé, la sécu sert encore à financer le chômage partiel pendant la crise sanitaire. Mais au-delà de l’impact sur le solde, il s’agit là d’une différence majeure avec la crise de 2009-2010, qui avait surtout eu un impact sur les recettes, les dépenses n’ayant été que peu affectées. La crise actuelle jouera certes essentiellement sur les recettes, mais la dégradation attendue est également imputable à une hausse des dépenses, à la fois sur l’exercice 2020 et sur le moyen terme.

Pour résoudre la question du déficit, deux manières de voir les choses s'opposent. D'un côté ceux qui veulent augmenter les recettes et donc relever le niveau des cotisations, de l'autre ceux qui ne le souhaitent pas. Et préfèrent donc parler de réduction des dépenses.

« L'augmentation des taux de cotisation, c'est la stratégie qui a prédominé de 1945 à 1970, période pendant laquelle les taux ont doublé. Sans cela nous n'aurions pas d'hôpitaux en France », assène Bernard Friot, qui soutient l'augmentation des recettes. Du côté des syndicats patronaux (Medef et CGPME), principaux tenant de « l'autre manière de voir les choses », on réplique qu'une augmentation des cotisations - appelées cette fois charges - pèserait trop lourd sur les budgets des entreprises et empêcherait d'embaucher. Pour l'heure, le gouvernement a également choisi de réduire les dépenses. C'était d'ailleurs l'objectif de la réforme des retraites de 2019. Résultats dans quelques années.

[DOSSIER] Des initiatives citoyennes pour lutter contre les inégalités sociales de santé

Créé le : 28/03/2021
crédit : Avosoins

crédit : Avosoins

Par Guillaume Bernard

Aide alimentaire, camion apportant le soin en quartiers populaires, défense des hôpitaux... Depuis le début de la crise de la Covid, de nombreuses initiatives citoyennes se sont déployées pour pallier les failles de notre système de solidarité.

La porte en fer, type vieux garage désaffecté, ne paye pas de mine. Difficile d'imaginer qu'il se passe des choses derrière. Et pour cause, l'ancienne maison de maître, située dans le centre ville de Lyon, est inhabitée depuis 2014. Il a fallu attendre 2020 pour que le marché rouge redonne vie au lieu.

«On a commencé modestement, avec quelque chose comme 200 kg de fruits et légumes. Aujourd'hui c'est une tonne qui transite sur le marché rouge, de quoi nourrir environ 80 familles », explique Sam, un des membres fondateurs du marché. Le succès du marché rouge s'explique par sa formule défiant toute concurrence : concombres, tomates, courges, persil, choux ; tout est à 1€ le kilo. Les légumes sont achetés en gros, le matin même, par une équipe de bénévoles qui privilégie les producteurs locaux, tente de négocier les prix à la baisse, récupère les invendus et les produits déclassés.

Mais ce n'est pas...

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[DOSSIER] Pauvreté et santé : l'impossible équation ?

Créé le : 28/03/2021
crédit Pixabay

Par Guillaume Bernard

La Covid-19 nous rappelle à quel point une pandémie touche avant tout les plus fragiles. Logement, âge ou encore situation professionnelle, nous passons en revue les facteurs socio-économiques qui creusent les inégalités en matière de santé. Car une fois encore le constat est là, terrible : plus on est pauvre, plus on est malade !

 

Plus encore que les autres départements, la Seine-Saint-Denis n'était pas prête à affronter l'épidémie de Covid-19. Les chiffres de mortalité le montrent. Entre le 1er mars et le 19 avril 2020, le nombre de morts dans le 93 a augmenté de 134 % par rapport à l'année précédente, d'après une étude publiée fin juillet 2020 par l’Institut national d’études démographiques (Ined). Le département devient alors le deuxième département où la Covid fait le plus de morts après le Haut-Rhin.

Et ce n'est pas un hasard. La Seine-Saint-Denis concentre les différents paramètres identifiés par l'Insee comme augmentant les inégalités sociales de santé : situations de surexposition à la maladie, concentration de publics vulnérables et manque d'accès aux soins. De fait, c'est le département qui présente le plus haut taux de pauvreté de France métropolitaine et se trouve également parmi les plus densément peuplés. Sa situation nous rappelle à quel point nous sommes loin d'être tous égaux en matière de santé.

Logements surpeuplés

Les personnes qui vivent dans des logements surpeuplés sont plus...

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[INTERVIEW] : Laurent Gaudé : « S'entendre dire que l'on n'est pas essentiel peut être très heurtant »

Créé le : 22/02/2021
Laurent Gaudé / Crédit photo : Jean-Luc Bertini

Photo : L. Gaudé. crédit : Jean-Luc Bertini

 

Propos recueillis par Élodie Crézé

 

Romancier et dramaturge français, Laurent Gaudé a été récompensé plusieurs fois pour son œuvre (1). Son dernier livre, Paris mille vies, sorti à l'automne 2020, est l'occasion d'interroger l'auteur sur la place de la culture dans nos sociétés où les libertés sont éprouvées par la pandémie. Extrait de notre Grand entretien qui paraîtra cet été dans le magazine Sans transition !.

Votre dernier livre, Paris mille vies, est une déambulation dans un Paris nocturne, la ville où vous vivez. C'est un livre assez intime pour vous ?
C'est en effet la 1ère fois que j'invoque de manière aussi explicite des éléments autobiographiques, alors que d'ordinaire, même si je parle toujours un peu de moi dans mes livres, c'est à travers le paravent d'un univers a priori assez éloigné.

Ce Paris nocturne n'évoque-t-il pas en un sens ce Paris confiné, qui laisse la place libre aux fantômes ?
C'est un curieux hasard, j'avais commencé à l'écrire bien avant tout cela. J'avais envie que le temps du récit soit celui où cette ville est étrange et vide. La réalité est venue me rattraper en chemin. Mais dans le processus de travail, dans les lectures finales du manuscrit, peut-être que oui, cet écho singulier s'est fait plus présent.

Actuellement les cinémas, théâtres et musées sont fermés, les festivals annulés, considérés comme "non essentiels". Qu'est-ce que cela révèle de notre société, ce traitement réservé à la culture ?
Les problématiques sont différentes selon les pratiques culturelles. En tout cas je fais la distinction entre les lieux qui accueillent un large public comme les musées, les théâtres, etc, et les lieux de commerce comme les librairies. Je me suis fendu d'un texte de colère2 au moment de leur fermeture car je ne voyais pas, d'un point de vue sanitaire ou autre, la différence qu'il pouvait y avoir avec un caviste ou un supermarché ! Et le discours était humiliant, avec ce mot, "non essentiel". S'entendre dire cela, quand on a décidé de consacrer nos vies à la littérature, à la culture, c'est très heurtant. J'ai toujours travaillé avec l'idée que l'une des missions de la culture est d'être justement aussi essentielle pour tous que l'eau ou l'électricité, pour reprendre les mots d'Antoine Vitez, ou d'autres. [...]

1.Prix Goncourt des lycéens et prix des Libraires pour la Mort du Roi Tsongor(en 2002 et 2003), prix Goncourt pour Le soleil des Scorta (2004).

2.Librairies :ne perdons pas l'essentiel, Laurent Gaudé, tribune parue dans Libération, novembre 2020.

À lire : Paris, milles vies, Laurent Gaudé, Actes Sud, 2020.

[AHT] : L'ONU doit s'unir contre la COVID-19

Créé le : 12/11/2020

© Pixabay

Par Agora des Habitants de la Terre

L’Assemblée Générale de l’ONU vient de convoquer, pour les 3 et 4 décembre prochains, une Session Spéciale sur la pandémie de Covid-19 au niveau des chefs d’État et de gouvernement. Elle constitue une occasion unique pour la définition et la mise en œuvre des actions communes au plan mondial de lutte contre la pandémie dans l’assurance du droit à la vie et à la santé de tous les habitants de la Terre. Elle représente également une grande occasion pour nous, citoyens. Elle nous incite à exprimer nos priorités et souhaits, à faire pression sur nos dirigeants élus pour que leurs décisions soient conformes aux principes constitutionnels de nos États et à la Déclaration Universelle des Droits Humains et à celle des Droits des Peuples.

 

Voici en résumé les propositions que nous comptons soumettre au Président de l’AG de l’ONU en tant que contribution aux travaux de la rencontre des 3 et 4 décembre.

1. Abandonner le fétichisme de l’argent

La Session Spéciale doit :

  • Réaffirmer que la santé des personnes, des peuples et des écosystèmes de la Terre sont prioritaires et doivent prévaloir, sur les intérêts particuliers et corporatifs à court terme économiques, utilitaires, marchands.
  • Approuver l’abandon pour la période 2021-2023 de l’application des règles concernant les brevets sur le vivant, en particulier sur l’ensemble des outils de lutte contre la pandémie Covid-19 (diagnostics, traitement, vaccins).
  • Décider la création d’une « Task Force » mondiale, sous l’égide de l’ONU, sur la révision du régime juridico-institutionnel de la propriété intellectuelle à l’ère de l’anthropocène.

 

2. Appliquer le principe fondamental que la vie compte

À cette fin, il faut modifier les priorités de la finance mondiale en investissant dans l’économie des biens communs publics mondiaux (santé, eau, connaissance/éducation) et en réduisant drastiquement les dépenses (presque 2 trillions d’euros en 2019) dans l’économie de guerre (armements, compétitivité et domination).

Dans cette perspective, la Session Spéciale devrait :

  • Proposer la création d’un Fonds financier coopératif public pour la santé, partie intégrante d’une Caisse de Dépôts et de Consignation Mondiale pour les Biens Publics Mondiaux.
  • Charger l’UNIDIR ou une commission d’experts indépendants de soumettre un rapport d’étude sur les réductions immédiates des dépenses militaires et la reconversion de leur attribution au développement, à la production et à la distribution des biens et services publics dans la santé et les domaines liés de l’eau, de l’agroalimentaire, de la connaissance.

 

3. Renforcer le fonctionnement et les travaux de l’ONU (et ses agences) en faveur du développement d’ici 2045 d’une nouvelle architecture politico-institutionnelle de l’Humanité.

A cette fin :

  • Reconnaître l’Humanité en tant que sujet institutionnel acteur-clé de la politique mondiale de la vie. L’ouverture d’une Maison commune mondiale des connaissances, à partir des mises en commun existantes des savoirs, des expériences, des outils techniques (cas au Costa Rica concernant la santé…) sera un pas concret en avant significatif.
  • Proposer la création d’urgence d’un Conseil de Sécurité des Biens et Services Publics Mondiaux, en partant de la santé, de l’eau et de la connaissance.

Si vous êtes d’accord avec ces propositions à court et à long terme, votre appui personnel donnera un poids politique et humain plus important à notre démarche.

Vous ferez parvenir votre signature par courriel (email), ajoutant uniquement un mot sur votre statut professionnel (en m/f : étudiant, agriculteur, enseignant, ingénieur, employé, ouvrier, membre d’associations, retraité, …) et le lieu et pays de résidence à l’adresse email centrale internationale de l’Agora des Habitants de la Terre l’Agora : secretariat.audace@gmail.com. Votre soutien sera inclus dans la liste des signatures qui accompagnera le document soumis au Président de l’Assemblée Générale de l’ONU.

Bien sûr, nous sommes à votre disposition pour toute information complémentaire.

 

Pour l’Agora des Habitants de la Terre,

Les membres du Comité International des promoteurs.

[ENTRETIEN] Gilles Bœuf : « Pour éviter le pire, il faut que l’électrochoc se fasse »

Créé le : 02/10/2020

crédit photo : DR

Propos recueillis par Elodie Crézé

L’éminent biologiste français Gilles Bœuf nous avertit : il y a urgence à changer nos modes de vie, arrêter de détruire et surexploiter les ressources de la planète. Sans quoi des pandémies bien plus dévastatrices que la Covid-19 se multiplieront.

Vous avez dit, « nous ne sommes pas en guerre contre un virus, mais contre nos propres manquements […]. Nous sommes notre propre ennemi ».(1) Pouvez-vous expliquer cela ?
Il y a toujours eu des virus, ils étaient là bien avant les humains. Ils sont extrêmement petits et incapables de se reproduire seuls. Ils cherchent donc un hôte. Ce sont des opportunistes, ils cherchent des failles pour contourner nos défenses. Et on fait tellement de bêtises qu’on leur en offre. La Covid-19 est un virus très récent, très infectieux, issu de chauve-souris. L’humain, par ses comportements irrationnels et irréfléchis, a permis à ce virus de changer, de devenir une chimère, en passant par un autre animal que l’on cherche encore. Puis de nous infecter. On a mis en contact des animaux qui n’auraient pas dû se rencontrer. Ensuite, l’épidémie aurait dû rester là-bas, à Wuhan. Mais elle a fait le tour du monde en quelques jours !

Vous pointez la responsabilité de l’homme dans l’irruption et la propagation de la Covid-19. Le problème n’est-il pas, plus largement, notre façon d’être au monde, de percevoir la nature...

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Article présent dans les magazines: 

[PLAN DE RELANCE] Ni social, ni écologique!

Créé le : 10/09/2020

Par ATTAC

Avec 100 milliards d’euros, Jean Castex annonce une série de mesures pour relancer l’économie française après le confinement. Il ne fait en réalité que répondre aux demandes du MEDEF, sans répondre aux urgences sociales que connait le pays et à la nécessaire bifurcation écologique. Soyons clair, ce n’est pas un plan en faveur de l’emploi ... le premier ministre s’est en effet contenté de demander timidement au patronat ... 126000 emplois et leur donne... 100 milliards en échange !

L’orientation générale de ce plan est donc un soutien aux entreprises, y compris les plus grosses qui n’ont pas toutes des problèmes de trésorerie. Ce sont donc 20 milliards, un cinquième du plan, qui seront consacrés à la réduction des « impôts de production ». Cette baisse d’imposition était déjà en gestation avant la crise du covid et est une demande déjà ancienne du MEDEF. Pourtant, les politiques antérieures de réduction de la fiscalité des entreprises ont rarement favorisé les investissements utiles, et ont surtout servi les profits des actionnaires.
 
Ces aides ne sont assorties d’aucune conditionnalité sociale ou environnementale. Elles ne seront d’aucun secours pour sauver les salarié·e·s des centaines de milliers de licenciements en cours ou à venir et risquent d’abonder des activités incompatibles avec les limites planétaires. Couplée à une interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des profits, une sécurité sociale professionnelle associé à un nouveau statut du salarié pourrait a contrario assurer un maintien des droits et des revenus des salarié·e·s menacé·e·s. La relance de l’emploi par l’embauche d’agents publics n’est pas non plus envisagée, alors que le service public fait partie des "amortisseurs" de crise sociale dont l’effet est reconnu depuis la crise de 2008 et que la bifurcation écologique nécessite un accompagnement fort de l’État pour que la volonté politique affichée se décline en mesures concrètes.
De même, les sommes allouées aux minimas sociaux et aux personnes les plus précaires sont ridicules par rapport à ce qui est offert aux entreprises : 1 milliard d’euros (hausse de l’allocation de rentrée et repas à 1 euro en restaurant universitaire, aide aux associations et à l’hébergement d’urgence)... soit 1% du budget du plan de relance !
 
La baisse de la fiscalité sur les entreprises et l’absence de réforme fiscale qui s’attaquerait aux profits, est aussi un obstacle pour mettre en œuvre une transformation écologique de la société. Elle prive un peu plus les collectivités de fonds pour modifier en profondeur les modes de transports, de production, d’agriculture ou de logement, autant qu’elle empêche de développer les services publics qui ont pourtant montré leur importance ces derniers mois. Elle rend d’autant plus difficile la création des centaines de milliers de nouveaux emplois, non délocalisables nécessaires pour la transition écologique et les services non marchands.
Aux côtés des mouvements populaires et citoyens, nos associations et syndicats ont des propositions à faire et des combats à mener. Oui, il y a des alternatives au capitalisme néolibéral, productiviste et autoritaire, et ces alternatives sont crédibles, désirables et réalisables. Les mesures d’urgence du collectif unitaire « Plus Jamais Ça » constituent des premières pistes en ce sens. Elles sont amenées à s’enrichir au fil des mobilisations que nous mènerons collectivement.

[QUALITÉ DE L'AIR] Un mois après, bilan du confinement sur la qualité de l’air

Créé le : 29/06/2020
Bilan qualité de l'air en Provence après confinement. Image : Pixabey

Afin de limiter la propagation du virus COVID-19, le gouvernement a mis en place des mesures de confinement sur le territoire français du 17 mars au 11 mai 2020. AtmoSud dresse un état des lieux pour mieux appréhender l’impact de cette mesure sur l’évolution de la qualité de l’air en Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Baisse inédite de la pollution liée au trafic routier pendant le confinement

Sur la période du 18 mars au 10 mai, le confinement et les restrictions de sorties ont engendré une baisse remarquable du trafic automobile. Les concentrations en oxydes d’azote, traceurs du trafic routier, ont baissé dès le début du confinement : environ 60% pour les stations « trafic » et 50% pour les stations « fond urbain », par rapport aux concentrations généralement observées les années précédentes à la même période.

Un retour progressif après le confinement

Du 11 mai au 7 juin, les concentrations d’oxydes d’azote ont augmenté, par rapport à la période de confinement, en moyenne de plus de 60% sur les stations « trafic » et d’environ 10% sur les stations « fond urbain ».

Cependant, malgré cette augmentation, les niveaux observés « après confinement » sont toujours globalement de près de 35% inférieurs à ceux observés les années précédentes.

Plusieurs éléments peuvent expliquer ces niveaux globalement plus faibles :

  • Toutes les activités n’ont pas encore complètement repris (retour progressif à l’école pour les enfants dans un premier temps sur le volontariat, réouverture plus tardive des bars, restaurants, prolongation du télétravail dans certaines entreprises …) malgré la fin « officielle » du confinement.
  • Certaines conditions météorologiques sont favorables à la dispersion des polluants : la première semaine du déconfinement, des précipitations importantes et continues ont été présentes sur l’ensemble de la région, permettant ainsi un « lessivage » de l’atmosphère en diminuant les concentrations des gaz et des particules.

Le graphique suivant compare l’évolution des concentrations en oxydes d’azote avant, pendant et après le confinement, pour l’année 2020 et la moyenne des trois années précédentes.

Station trafic : Ces stations mesurent la pollution dans des lieux proches des voies de circulation (voies rapides, carrefours, routes nationales,...).

À noter que, de façon générale, les niveaux observés « avant confinement » (début mars 2020) étaient déjà globalement d’environ 25 % inférieurs à ceux observés les années précédentes.

Si l'on observe une forte diminution des oxydes d'azote (traceurs du trafic routier) au cours de l’intégralité du confinement, l’évolution des particules fines (émises par le secteur industriel, le chauffage et le trafic routier) est quant à elle plus spécifique.

Une augmentation inattendue des particules fines au début du confinement

Au début du confinement, du 17 mars au 17 avril, les particules fines étaient en hausse, principalement liées à la combustion du bois (chauffage au bois et brûlage de déchets verts). Elles ont par ailleurs été influencées par les conditions météorologiques, défavorables à la dispersion des polluants (peu de vent, stabilité atmosphérique, températures douces…).

De mi-avril et jusqu’à la fin du confinement, les concentrations de particules fines ont baissé sur l’ensemble de la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, notamment en lien avec une baisse de l’utilisation du chauffage résidentiel et des précipitations qui ont lessivé l’atmosphère à partir du 19 avril. Les niveaux sont inférieurs d’environ 40% aux années précédentes.

Comme pour les oxydes d’azote, de façon générale, les niveaux observés « avant confinement » (début mars 2020) étaient déjà globalement plus de 30% inférieurs à ceux observés les années précédentes.

Un timide retour des particules fines

Depuis le 11 mai, les concentrations de particules fines ont légèrement augmenté, en lien avec la reprise progressive de l’activité aggravée par les phénomènes météorologiques. En plus des particules émises directement par l’activité, certaines particules, dites secondaires, sont formées par photochimie (transformation des gaz en particules sous l’effet de la chaleur et de l’ensoleillement). La météo a été conforme à la saison et a participé à la hausse de particules généralement observée au mois de mai.

Depuis le 22 mai, les concentrations de particules fines ont de nouveau baissé : tendance observée en cette période les années antérieures. Les niveaux restent toutefois 40% plus bas qu’historiquement.

Le graphique suivant compare l’évolution des concentrations en particules fines PM2.5 avant, pendant et après le confinement, pour l’année 2020 et la moyenne des trois années précédentes.

Station de fond : ces stations ne sont pas directement influencées par une source locale identifiée. Elles permettent une mesure d'ambiance générale de la pollution urbaine, dite de fond, représentative d'un large secteur géographique autour d'elles.

Après le confinement, une évolution de la qualité de l’air différente selon les territoires

A Marseille (sur la majorité des stations de type « trafic » : Rabatau, A7, Jean Moulin), les oxydes d’azote retrouvent le niveau observé début mars 2020. La reprise de l’activité et du trafic routier sur ces grands axes de la ville est ainsi visible sur ces stations.

Sur les autres agglomérations (Aix-en-Provence, Nice, Gap, Toulon, Avignon), pour les 4 premières semaines de déconfinement, les concentrations moyennes observées sont toujours inférieures à celles de début mars 2020.

Aucune particularité n’est observée sur les territoires en ce qui concernent les particules fines PM2.5.

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