Société

[TRIBUNE] Pour le développement d’un leadership environnemental au féminin

Créé le : 16/04/2021
pixabay- femme

crédit photo : pixabay

Par Céline Pagès, 

pour Les Earthship Sisters

C’est l’histoire de Céline, fondatrice de « Greener Cynergies » crée le jour de la Terre, pour accélérer le rapprochement des hommes et des structures en faveur de la transition écologique, ou celle d’Estelle qui lance en pleine pandémie « Vitrolles en Transition », ou celle encore d’Amapola maire de la commune de Cabriès, partie en croisade politique pour une « écologie intégrale » lors des élections municipales … Parcours à la fois très différents et tellement proches en même temps. Femmes de tout âge et de tout horizon, elles sont de plus en plus nombreuses à s’engager concrètement et activement dans la préservation de la planète. 

Cet engagement ne répond pas seulement à un sentiment d’urgence et une envie grandissante d’agir, celui-ci est aussi la résultante d’un manque réel de représentation des femmes à toutes les échelles des organes de gouvernance ou métiers à responsabilités. Si la parité est aujourd’hui mieux prise en compte, elle est encore loin d’être atteinte sur l’ensemble de la planète, et on constate que beaucoup de progrès restent à réaliser au sein de l’Union européenne. Selon des études menées en 2019 par le cabinet KPMG*, 16 % des PME et ETI ne comptent pas de femmes dans leur équipe de direction dans l'Union européenne, un taux par exemple deux fois plus élevé qu'en Afrique et en Amérique du Nord.

Or, de plus en plus d’organisations internationales (UNESCO, IUCN, ONU…) reconnaissent le rôle primordial des femmes dans la transition sociétale dont nous avons besoin pour affronter les grands challenges sociaux et environnementaux à venir. S’appuyant sur un mode de leadership plus collaboratif et disposant souvent d’une plus grande intuition naturelle très utile pour la prospective, les femmes ont ainsi largement un rôle à jouer dans cette période de transition que nous vivons pour concilier impératifs économiques et respect de l’environnement. En Provence comme ailleurs, il est ainsi urgent que des personnalités féminines émergent et s’expriment largement.

L'initiative des Earthship Sisters, basée à Marseille tout en étant ouverte sur le reste du monde, a été conçue en ce sens et accompagne chaque année une vingtaine de femmes de différentes nationalités et porteuses de projets environnementaux. Les « Sisters » sélectionnées sont ainsi amenées - à l'aide d'un programme de formation - à devenir des ambassadrices de l'environnement au leadership original et assumé, et des entrepreneures à impact positif qui sèment l'envie d'agir.

Après la prise de conscience doit venir le temps de la mobilisation et de l’action pour chacun. La mise en avant des potentialités féminines est incontestablement un des leviers intéressants à privilégier en priorité pour soutenir la résilience de notre territoire. Pour ceux souhaitant matérialiser de façon concrète et originale leur engagement en la matière, il est possible de le faire à nos côtés.

Plus d’infos : Le concept Earthship Sisters - Earthship sisters (earthship-sisters.fr)

LEADERSHIP ENVIRONNEMENTAL ET TRANSITION ECOLOGIQUE (helloasso.com)

[INTERVIEW] Antoine Burret : "L'essentiel dans le tiers-lieu, est l'intention de se rencontrer"

Créé le : 05/04/2021
Le Vesseaux Mère - La Trame @Alexa Brunet

 Le Vesseaux Mère - La Trame / Crédit photo :Alexa Brunet

Propos recueillis par Élodie Crézé

 Antoine Burret est sociologue à l’Institut des Sciences des Services au Centre Universitaire d'Informatique de l’Université de Genève.(1) Impliqué dans la création et le fonctionnement de tiers-lieux en Europe(2), il revient sur les bases qui conditionnent la réussite et la durabilité d'un tiers-lieu.

Peut-on revenir sur les critères qui définissent un tiers-lieu ?

C'est un lieu de rencontre et de convivialité qui permet à des personnes de faire des choses ensemble. Ce sont des lieux où s'expriment de nouvelles formes de travail, d'hospitalité ou de production (coworking, fablab). L'essentiel n'est pas la forme que cela prend mais l'intention initiale d'une communauté de se rencontrer.

Pour qu'un tiers-lieu soit pérennisé, quelles sont les conditions indispensables ? Y a-t-il une méthodologie spécifique ?

Non, il n'y en a pas. La condition sine qua non pour que cela tienne reste cette intention commune de "faire ensemble". Ensuite, les différents moyens pour assurer la durabilité dans le temps dépendent des activités qui y sont menées, et du territoire dans lequel le tiers-lieu est ancré. Au-delà de l'idée de valeurs communes, il faut créer de la discussion, de l'antagonisme ! Il faut garder cette pluralité des typologies des tiers-lieux, qu'ils s'implantent dans les campagnes ou dans les quartiers urbains, et ne pas consacrer le tiers-lieu comme un objet de politique publique. Il faut aussi conserver, outre la diversité de formes, celle des financements, et du modèle choisi. Aujourd'hui nous sommes arrivés à une forme de maturité du marché des tiers-lieux.

Le gouvernement souhaite encourager le tiers-lieu afin de revitaliser les campagnes et certains quartiers urbains. Mais peut-il réellement dynamiser un territoire ?

J'espère, en comptant sur l'indépendance des acteurs de terrains, que les injonctions publiques ne vont pas déformer l'intention initiale des tiers lieux - celle de créer ce lieu de la rencontre et de la critique. Si un tiers-lieu se résume à accueillir des services publics par exemple, et qu'il est dépourvu de cette notion de lieu "ancré" dans son territoire qui accueille une forme de controverse, il perd de sa substance. En revanche, le croisement entre un service public et une autre activité est intéressant. Gageons que les moyens alloués pour les soutenir soient là pour préserver cette hybridité et ce "sortir de chez soi"qui les caractérisent. C'est comme cela qu'ils sont efficaces.

La Covid a-t-elle mis en lumière une certaine fragilité des tiers-lieux ?

Si la crise de la Covid a permis à de nouveaux tiers-lieux de s'inventer et a su montrer, sur tout le territoire, leur importance et leur rôle, elle a aussi mis en lumière certaines limites : notamment celle du modèle locatif comme base quasi unique de revenus. En revanche, ces espaces de rencontre, de réseau abritant des capacités techniques ont réellement pu aider des personnes. Dans un tel contexte, les tiers-lieux servent d'autant plus à recoudre ce qui est décousu...

  1. auteur d'une thèse « Étude de la configuration en tiers-lieu : la repolitisation par le service », d’articles et d’ouvrages édités notamment dans l'ouvrage Tiers-lieux et plus si affinités, chez FYP édition.

  1. Il a co-initié le programme Pouvoir d'Agir en Tiers-Lieux (PATL) soutenu notamment par la Fondation de France pour asseoir au travers des tiers-lieux les droits des individus et leurs capacités d’action et de reconnaître la force des communautés à faire – en complémentarité des acteurs et secteurs déjà institués (publics et privé). 

[DOSSIER] Le retour du multiservice

Créé le : 05/04/2021
Comptoir de Campagne Champdieu. Crédit photo : Quentin Zinzius

Crédit Quentin Zinzius

Par Quentin Zinzius

Alors que les campagnes se vident de leurs petits commerces, les Comptoirs de Campagne comptent bien enrayer le phénomène. En multipliant les services essentiels sans concurrencer les commerces déjà présents, la petite chaîne se développe et redonne vie aux villages excentrés.

 

Il est 9h du matin, ce samedi d’hiver, dans le petit village ligérien de Champdieu. Les vents chargés de sable teignent l’air d’une couleur ocre, et fouettent violemment les rues dans une ambiance presque apocalyptique. Pourtant, dans ce petit bout de campagne, l’heure n’est pas à la fin du monde, bien au contraire. Au milieu des rues désertes, une petite oasis met fin à l’illusion : le Comptoir de Campagne, seul commerce du village, accueille ses premiers clients.

Le sens du local

À l’intérieur, les sens s’affolent. L’odeur du pain chaud, les légumes colorés, le parfum des sachets de thés et autres tisanes… Une multitude de produits, qui portent pourtant tous une même indication : « produit de Forez », ou plus simplement, produit dans la région. Car dans cette boutique, la priorité, ce sont les circuits-courts. « Les légumes sont tous de la région, la viande est produite à quelques kilomètres, et les yaourts sont fabriqués dans le village d’à-côté ! » indique fièrement Corinne Juban, la gérante. Et ce ne sont pas les seuls : vins, pâtes à tartiner, jouets, cosmétiques et fleurs sont autant d’articles...

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[DOSSIER] Les tiers-lieux, la clé pour revitaliser les territoires ?

Créé le : 05/04/2021
Crédit : DR / Oasis21

Crédit : DR / Oasis21

Par Elodie Crézé et Elodie Potente

Lieux de créativité et de réflexion protéiformes et pluridisciplinaires, les tiers-lieux fleurissent sur l'Hexagone. Ancrés dans leur territoire, ils offrent un potentiel dynamisant pour revitaliser les campagnes et les quartiers défavorisés.

Tiers-lieux – qu'est-ce que c'est ?

L'appellation "tiers-lieu" désigne aussi bien les espaces de coworking, fablab, atelier partagé, friche culturelle, maison de services au public, garage solidaire, social place, etc. Ces nouveaux lieux protéiformes et pluridisciplinaires, apparus pour la 1ère fois dans les années 70 sous la forme de friches culturelles, sont théorisés en 1989 par le sociologue américain Ray Oldenburg dans son ouvrage The Great Good Place. Espaces d'imagination, de création et de développement d'initiatives citoyennes et de projets collectifs, les tiers-lieux sont avant tout des fabriques de lien-social. La plupart penchent vers l'économie sociale et solidaire, et sont coopératifs. Sur le territoire, ils ont le vent en poupe, favorisés notamment par le déploiement du numérique. 1800 sont recensés dans le rapport de Patrick Lévy-Waitz, Faire ensemble pour mieux vivre ensemble,daté de septembre 2018*, avec de fortes disparités entre les régions. En Bretagne, ils seraient 86, en Auvergne-Rhône-Alpes 200, en Occitanie, 163 et en Provence-Alpes-Côte d'Azur, 127, contre 316 en Ile-de-France. Un chiffre qui tend à augmenter.

 

*Chiffres officiels les plus récents

 

Tiers-lieux des villes vs tiers-lieux des champs

Implantés majoritairement dans les métropoles (60 %)1, les tiers-lieux se développent aussi dans les zones rurales et en périphérie urbaine. Dans les campagnes ou dans les quartiers défavorisés des villes, ils ont l'ambition de faciliter l’accès aux services publics, de désenclaver ces territoires, de les dynamiser. Ils peuvent notamment y être dédiés à la formation, au travail, à l'accès aux droits, à l'éducation, la culture ou encore à l'action sociale, autant de domaines qui font souvent défaut. En France, alors que 1514 quartiers sont répertoriés comme quartiers prioritaires de la politique de la Ville (QPV), seules 4,7 % des entreprises de l'ESS (dont une partie des tiers-lieux) y sont implantées2. Ainsi, "l’État a lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) permanent doté de 45 millions d’euros, pour identifier d’ici 2022, 300 fabriques, existantes ou en projet, dont 150 seront implantées en QPV et 150 dans les territoires ruraux", indiquait en février 2020 le ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. À la même date, 80 tiers lieux, répartis entre QPV et territoires non-métropolitains devaient déjà recevoir le label "Fabrique de territoire", et ainsi bénéficier d'un soutien financier (75 000 à 150 000 euros sur 3 ans). Dans le cadre du plan de relance, le gouvernement entend plus que jamais poursuivre cette action et souhaite créer, en plus, 500 manufactures de proximité dans les villes moyennes et petites villes prioritaires des programmes « Action cœur de ville » et « Petites Villes de demain ».

 

1. Source : rapport de Patrick Lévy-Waitz, Faire ensemble pour mieux vivre ensemble, daté de septembre 2018

2.Source : données extraites de l’étude Les entreprises de l'économie sociale et solidaire dans les quartiers politique de la ville menée par le CNCRESS et le CGET en février 2018

 

Le tiers-lieu au service de la transition écologique ?

Si aucune étude à ce jour ne le démontre scientifiquement, la grande majorité des acteurs de tiers- lieux estiment qu'ils ont un impact environnemental positif*. Les causes en sont multiples : ils encouragent une réduction des mobilités avec le télétravail largement plébiscité, ils optent globalement pour des espaces écoresponsables, la réutilisation de lieux en déshérence (friches, locaux inutilisés...), ils développent pour beaucoup de nouveaux modes de production, de consommation et d'usages (notamment le circuit-court, le réemploi, le prêt...). Certains mettent également l'écologie au cœur même de leur mission. C'est le cas à Paris, où un important espace de coworking vient d'ouvrir ses portes (19e arrondissement). Lancé par l’association Colibris en 2017, le projet, nommé Oasis21, se destine à accueillir les « organisations écologiques et citoyennes »dans un espace 1500m², comprenant des bureaux, salles de réunion et de conférences et open-spaces.

*1. Source : rapport de Patrick Lévy-Waitz, Faire ensemble pour mieux vivre ensemble, daté de septembre 2018

 

La Trame, une passerelle pour les tiers-lieux ardéchois

 En Ardèche, la Trame fédère les tiers-lieux du département. Véritable réseau, la structure accompagne les projets et suit de près leur implantation sur le territoire.

En Ardèche, on compte 22 tiers-lieux installés, 9 en construction et une quinzaine en projet. Ces lieux hybrides viennent « redynamiser » ce territoire rural. « Les tiers-lieux sont des catalyseurs d’énergie », estime Loraine Machado, coordinatrice de la Trame. « Ils sont portés par une communauté de gens, qui ont envie de faire ensemble et qui ont des valeurs communes ».

Les deux salariés de la structure, créée en 2014 (et portée pour le moment par un syndicat mixte) accompagnent et mettent en lien les porteurs de ces projets sur tout le département. Elles réalisent également un suivi des tiers-lieux sur la durée.

Un panorama de lieux variés

Une enquête publiée en juillet 2020 par la Trame révèle un panorama varié pour les tiers-lieux ardéchois. Malgré tout, l’activité principale de ces structures (souvent associatives) reste le coworking, suivi de près par les arts du spectacle ou encore les Fablabs.

- Les infos en +

Pour découvrir l’enquête de la Trame :

www.latrame07.fr

À voir : Travail photographique d’Alexa Brunet « Lieux peu communs » (qui expose à partir du 16 septembre 2021 au CAUE de Privas.

[DOSSIER] Multiservice, tiers-lieux... le renouveau des campagnes

Créé le : 05/04/2021

Crédit : Pixabay

Par Quentin Zinzius

Territoires longtemps oubliés par les politiques publiques, les campagnes se sont progressivement vidées de leurs commerces et services. Et alors que la vie rurale devient le nouvel idéal de beaucoup de Français éprouvés par les confinements, citoyens et collectivités tentent tant bien que mal de faire revivre leurs territoires.

 

Avec le premier confinement et l’instauration du télétravail, de nombreux franciliens et autres habitants des grandes métropoles ont quitté leurs petits appartements pour profiter de la campagne et de ses grands espaces. Un mouvement de population soudain, qui pourrait pourtant bien devenir une nouvelle norme. Selon une étude de « Paris, je te quitte »[1] réalisée en mai 2020, 42 % des Franciliens seraient même prêts à quitter la capitale « dès que possible », pour un environnement « moins stressant, et plus proche de la nature ». Une envie partagée à l’échelle nationale, puisque selon le dernier sondage Ifop [2] pour l'association Familles Rurales, datant de 2018, 81 % des Français souhaitent vivre à la campagne. Pourtant, selon ce même sondage, la vie à la campagne n’est pas des plus faciles : la majorité des ruraux (51 %) s’estiment abandonnés par les pouvoirs publics, et font face à la disparition de nombreux services, pourtant essentiels....

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[SANTE] Procès Médiator : le fabricant condamné à 2,7 millions d’amende

Créé le : 30/03/2021

© Pexels

C’est un des plus gros scandales sanitaires français : le Médiator, pilule coupe-faim rendue tristement célèbre pour avoir provoqué de graves problèmes médicaux, vient d’être condamné par la justice française. Retiré de la vente en 2009 après 30 ans de commercialisation, le médicament aurait causé la mort de plus de 1500 personnes, et d’importantes séquelles à de nombreux autres. Après 10 ans d’enquête et 9 mois de procès en 2020, le tribunal correctionnel de Paris a reconnu le 29 mars la culpabilité des laboratoires Servier, fabricants du médicament, pour « tromperie aggravée » et « homicides et blessures involontaires ». Le groupe pharmaceutique doit à présent s’acquitter d’une amende de 2,7 millions d’euros, et devra verser plusieurs dizaines de millions de dommages et intérêts aux victimes.

[INTERVIEW] Olivier Schneider : "Pour la 1ère fois, le vélo est un réel enjeu électoral"

Créé le : 30/03/2021
Crédit photo : FUB

Crédit photo : FUB

Propos recueillis par Élodie Crézé

Olivier Schneider est le président de la Fédération française des usagers de la bicyclette (Fub). Si le vélotaf se développe dans plusieurs villes du territoire, de nombreux freins restent encore à lever. Notamment dans le cadre législatif, alors que la loi Climat et résilience est en cours d'élaboration.

Alors que le transport représente près d'1/3 de nos émissions de gaz à effet de serre, le vélo est quasi absent du projet de loi Climat et résilience. Près de 90 % des amendements issus des propositions de la Fub ont été rejetés...
En effet, aucun des 149 amendements émanant des propositions des 150 citoyens(1)et associations de vélo, reprises par les députés de tous bords politiques, n'a été conservé dans le projet de loi, sous prétexte qu'ils n'auraient pas de portée législative ! (2) Pourtant, avec la pandémie, les Français ont montré qu'ils avaient une appétence pour le vélo. Et lorsque l'on voit que le transport constitue 27 % des émissions de gaz à effet de serre et qu'en déployant le Système vélo on pourrait les réduire d'environ un quart, il paraît absurde que la loi ne prévoit rien en ce sens ! Le Coup de Pouce Vélo(3) a montré que les citoyens étaient prêts à se mettre au vélo s'il y avait des politiques en ce sens, qui sont d'ailleurs d'un coût dérisoire si on les compare aux aides données à l'industrie automobile ou à l'aéronautique.

Qu'est-ce qui constitue un frein au dévelopement du vélotaf ?
Aujourd'hui, 60 % des Français.es sont prêts à passer au vélo dès demain, à condition qu'on leur fournisse un "Système vélo"qui induit un maillage de pistes cyclables continues et sécurisées. Le sentiment de confort et de sécurité est essentiel. Même si beaucoup de villes ont fait des progrès, il reste encore à développer les infrastructures, mais aussi agir sur la sensibilisation pour désamorçer les conflits – fréquents - entre piétons et cyclistes ou entre cyclistes et automobilistes. Mais aussi agir contre le vol, rendre possible l'intermodalité en favorisant les trajets combinés "transports en commun-vélo", notamment dans les milieux ruraux. Il faut organiser cette complémentarité des transports pour que le progrès du vélo ne soit pas seulement celui des grandes métropoles, mais bénéficie à tous et notamment ceux qui sont condamnés à la voiture !

Vous éditez un baromètre des villes cyclables tous les 2 ans (4). Observe-t-on une progression du vélotaf ?
Dans le baromètre, les gens répondent exactement aux mêmes questions à deux ans d'écart. Et à la question "est-ce que dans votre ville les conditions se sont améliorées sur les 24 derniers mois", tout le monde reconnaît assez unanimement que oui. Néanmoins les gens mettent de moins bonnes notes que 2 ans plus tôt. En fait, le baromètre mesure l'écart entre une attente et un ressenti subjectif. Cela veut dire que le niveau d'exigence augmente, notamment sur la sécurité ! C'est très bon signe pour sortir d'une pratique du vélo réservée exclusivement aux hommes de la quarantaine.

Vous avez lancé un label employeur pro-vélo en janvier 2021(5). Vise-t-il à encourager le vélotaf ?
Il s'agit en effet d'un guide pour les employeurs souhaitant favoriser le vélo parmi leurs employés. L'employeur bénéficie de 5000 euros par site pour mettre en place des prestations comme des stationnements vélo. En échange, il s'engage à se faire auditer : il y a une obligation de moyens mais pas de résulats. Le résultat de l'audit est rendu public, ce qui favorise la création d'une communauté d'employeurs favorables au vélo. Globalement, le vélo améliore la santé et la productivité des salariés. Il permet de faire des économies de parking, de se lancer dans une activité économique (ex la réparation de vélo, ou une activité de type coiffeur à vélo, paysagiste à vélo, etc). On souhaite à la fois promouvoir ces diverses activités, mais aussi les employeurs lambda pour qu'ils encouragent leurs employés à se déplacer en vélo. Ce programme d'un budget de 40 millions d'euros va permettre d'accompagner 4500 employeurs pour les guider en ce sens.

Le vélo est-il un enjeu des Régionales et des Départementales ?
Pour la 1ère fois, le vélo est réellement un enjeu électoral. Pour que le Système vélo fonctionne, il faut que les collectivités fassent leur part. Tout le millefeuille territorial doit s'entendre sur le fait que le vélo est désormais un outil pour tout un ensemble de politiques publiques.

Notes de bas de page

  1. de la Convention citoyenne pour le climat

  2. Les amendements sont jugés irrecevables avant même d'être discutés en commission spéciale, car ils seraient "hors-sujet" avec le contenu initial de la loi.

  1. 2020 a été marquée par le boom du vélo grâce notamment à la mise en place par l'État du Coup de Pouce Vélo, (qui permet de bénéficier de 50 euros pour faire réparer son vélo -1,5 M vélos réparés) et le développement de pistes cyclables à la sortie du premier confinement.

  2. Le prochain doit sortir en janvier 2022

    (5) Label lancé avec l'Ademe

 

Plus d'infos : www.fub.fr

[DOSSIER] Pour un accès universel : quel modèle de santé public ?

Créé le : 28/03/2021

légende : Et si l'on étendait la sécurité sociale à l'alimentation ? (photo prise au marché rouge). Crédit Guillaume Bernard

Par Guillaume Bernard

Et si le modèle pour un accès universel à la santé était là sous nos yeux et s'appelait la Sécurité sociale ? Et s'il suffisait simplement de l'étendre encore davantage ?

« La santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, (...) ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe », déclare Emmanuel Macron le 12 mars 2020, alors qu'il instaure le 1er confinement. Si l'on considère, comme le Président, que la période a été le lieu d'une « guerre », contre la Covid, on peut effectivement lui trouver des points de comparaison avec celle qui vit naître « la sécu ».

Car c'est au sortir de la Seconde Guerre mondiale que le gouvernement de Gaulle institue, par ordonnance, la Sécurité sociale. Il réalise ainsi une des réformes du Conseil national de la Résistance inscrite dans son programme « les jours heureux ». Le ministre communiste Ambroise Croizat, chargé de sa mise en place dès 1946, opte pour une gestion décentralisée des caisses de la sécu.

« Au départ, ce n'est pas l’État qui décide de leur fonctionnement, elles sont gérées uniquement par les travailleurs, pour les travailleurs, jusqu'à la fin des années 1960. La Sécurité sociale est conçue comme une contre-société, où une part conséquente de la valeur produite échappe au marché et est directement redistribuée pour financer le solidarité nationale », détaille Bernard Friot, sociologue ayant commis une thèse sur la construction de la Sécurité sociale, dans une conférence à l'université Paris-Nanterre.

Avec son système de prélèvement direct sur la valeur ajoutée et l'obligation d'affiliation de tous les citoyens, la « sécu » est encore, à l'heure actuelle, le seul dispositif de solidarité à être adapté « quand le destin frappe ». Emmanuel Macron aura eu l'occasion de s'en apercevoir.

La sécu : dispositif le plus efficace contre les inégalités de santé ?

Dès sa conception, la Sécurité sociale ne s'arrête pas à la question des seules maladies. « On sait bien que pour protéger également les citoyens face aux aléas de la vie, il ne faut pas seulement les soigner quand ils sont malades. Il faut mettre en place des dispositifs de solidarité qui apaisent leur existence. Quelque part, la sécu, c'est le moyen le plus efficace que l'on ait trouvé pour lutter contre les inégalités de santé », explique Cédric Volait, coordinateur régional CGT santé en Paca. À travers ses diverses branches, la Sécurité sociale rend donc possible non seulement l'accès gratuit pour tous à la santé mais également la mise en place des retraites, ou encore de l'assurance chômage.

« L'idée de la sécu est révolutionnaire. Grâce à la cotisation, c'est-à-dire une mise en commun d'une partie des fruits de notre travail, on finance les besoins de toute la société ! », s'émerveille Bernard Friot. Plus de 75 ans plus tard, le système social français redistribue toujours l'équivalent de 25 % du PIB soit 470 milliards d'euros (chiffres de 2018). Question viabilité, depuis les années 1970, la sécu alterne les période de déficit et de redressement. Malheureusement, la perspective du retour à l'équilibre s’éloigne toutefois dès 2019 et un déficit historique est attendu en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19 en France (voir encadré).

Étendre la sécu à l'alimentation ?

La sécu serait tout de même un modèle gagnant ? C'est en tout cas ce que pensent différentes organisations associatives ou syndicales (parmi lesquelles la Confédération Paysanne, le Réseau Civam ou le Réseau Salariat), associées à des chercheurs universitaires, qui souhaitent s'emparer du modèle de fonctionnement de la Sécurité sociale pour l'étendre à l'alimentation. L'idée est simple : chaque citoyen aurait gratuitement droit à 150€ de nourriture par mois. Il pourrait choisir parmi une liste de produits établis par des caisses où siégeraient des citoyens mandatés.

La proposition possède un double avantage : permettre aux plus pauvres de se nourrir, mais également garantir des volumes d'achats aux producteurs. Une des pistes explorées suggère même que les agriculteurs qui le souhaitent puissent devenir salariés des caisses.

Comment trouver l'argent ? La recette est la même : par la cotisation, qui pourrait être prélevée sur les salaires - à condition d'augmenter les plus bas, précise le réseau salariat - ou sur les profits des entreprises. Si la proposition est ambitieuse, elle n'a cependant rien d'utopique. La liste de gauche « Villeurbanne en commun », qui a remporté la mairie de la ville en 2020, a fait savoir qu'elle souhaitait expérimenter le dispositif.

Plus d'infos :

www.reseau-salariat.info

 

Deux manières de voir le trou de la sécu

Le projet du Conseil national de la Résistance a-t-il du plomb dans l'aile aujourd'hui ? C'est ce que laissent penser les prises de position politiques alarmant sur « le trou de la sécu ». De fait, la Sécurité sociale alterne les périodes de déficit et de redressement depuis de nombreuses années. En 2019, le « trou » était d'environ 5 milliards d'euros. Il devrait atteindre les 44 milliards d'euros en 2020 car au-delà des dépenses de santé, la sécu sert encore à financer le chômage partiel pendant la crise sanitaire. Mais au-delà de l’impact sur le solde, il s’agit là d’une différence majeure avec la crise de 2009-2010, qui avait surtout eu un impact sur les recettes, les dépenses n’ayant été que peu affectées. La crise actuelle jouera certes essentiellement sur les recettes, mais la dégradation attendue est également imputable à une hausse des dépenses, à la fois sur l’exercice 2020 et sur le moyen terme.

Pour résoudre la question du déficit, deux manières de voir les choses s'opposent. D'un côté ceux qui veulent augmenter les recettes et donc relever le niveau des cotisations, de l'autre ceux qui ne le souhaitent pas. Et préfèrent donc parler de réduction des dépenses.

« L'augmentation des taux de cotisation, c'est la stratégie qui a prédominé de 1945 à 1970, période pendant laquelle les taux ont doublé. Sans cela nous n'aurions pas d'hôpitaux en France », assène Bernard Friot, qui soutient l'augmentation des recettes. Du côté des syndicats patronaux (Medef et CGPME), principaux tenant de « l'autre manière de voir les choses », on réplique qu'une augmentation des cotisations - appelées cette fois charges - pèserait trop lourd sur les budgets des entreprises et empêcherait d'embaucher. Pour l'heure, le gouvernement a également choisi de réduire les dépenses. C'était d'ailleurs l'objectif de la réforme des retraites de 2019. Résultats dans quelques années.

[DOSSIER] Des initiatives citoyennes pour lutter contre les inégalités sociales de santé

Créé le : 28/03/2021
crédit : Avosoins

crédit : Avosoins

Par Guillaume Bernard

Aide alimentaire, camion apportant le soin en quartiers populaires, défense des hôpitaux... Depuis le début de la crise de la Covid, de nombreuses initiatives citoyennes se sont déployées pour pallier les failles de notre système de solidarité.

La porte en fer, type vieux garage désaffecté, ne paye pas de mine. Difficile d'imaginer qu'il se passe des choses derrière. Et pour cause, l'ancienne maison de maître, située dans le centre ville de Lyon, est inhabitée depuis 2014. Il a fallu attendre 2020 pour que le marché rouge redonne vie au lieu.

«On a commencé modestement, avec quelque chose comme 200 kg de fruits et légumes. Aujourd'hui c'est une tonne qui transite sur le marché rouge, de quoi nourrir environ 80 familles », explique Sam, un des membres fondateurs du marché. Le succès du marché rouge s'explique par sa formule défiant toute concurrence : concombres, tomates, courges, persil, choux ; tout est à 1€ le kilo. Les légumes sont achetés en gros, le matin même, par une équipe de bénévoles qui privilégie les producteurs locaux, tente de négocier les prix à la baisse, récupère les invendus et les produits déclassés.

Mais ce n'est pas...

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[DOSSIER] Pauvreté et santé : l'impossible équation ?

Créé le : 28/03/2021
crédit Pixabay

Par Guillaume Bernard

La Covid-19 nous rappelle à quel point une pandémie touche avant tout les plus fragiles. Logement, âge ou encore situation professionnelle, nous passons en revue les facteurs socio-économiques qui creusent les inégalités en matière de santé. Car une fois encore le constat est là, terrible : plus on est pauvre, plus on est malade !

 

Plus encore que les autres départements, la Seine-Saint-Denis n'était pas prête à affronter l'épidémie de Covid-19. Les chiffres de mortalité le montrent. Entre le 1er mars et le 19 avril 2020, le nombre de morts dans le 93 a augmenté de 134 % par rapport à l'année précédente, d'après une étude publiée fin juillet 2020 par l’Institut national d’études démographiques (Ined). Le département devient alors le deuxième département où la Covid fait le plus de morts après le Haut-Rhin.

Et ce n'est pas un hasard. La Seine-Saint-Denis concentre les différents paramètres identifiés par l'Insee comme augmentant les inégalités sociales de santé : situations de surexposition à la maladie, concentration de publics vulnérables et manque d'accès aux soins. De fait, c'est le département qui présente le plus haut taux de pauvreté de France métropolitaine et se trouve également parmi les plus densément peuplés. Sa situation nous rappelle à quel point nous sommes loin d'être tous égaux en matière de santé.

Logements surpeuplés

Les personnes qui vivent dans des logements surpeuplés sont plus...

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