Écologie

[DOSSIER] Ces forêts qui nous font du bien

Créé le : 13/10/2020

crédit photo : Marie Martinez

Par Marie Martinez

Comment se sentir bien et renforcer son système immunitaire sans se fatiguer ? Il suffit d'aller faire un tour dans les bois, de respirer profondément, de profiter du moment présent. La science l’affirme : la forêt a des effets bénéfiques sur la santé physique et mentale.

Nous avons tous fait l'expérience d'une balade en forêt qui requinque, physiquement et moralement. Mais comment expliquer ce bien-être ? Est-ce l'atmosphère sereine des forêts, l'air pur, les parfums agréables, le chant des oiseaux, le bleu du ciel, le vert des arbres, le paradis retrouvé, le moment de détente... ? Tout cela à la fois.

Selon la sagesse populaire, « se mettre au vert », c'est aller se reposer à la campagne, d'autant que le vert est une des couleurs les plus apaisantes avec le bleu, l'autre couleur dominante de la nature[i]. Dans les années 80, Georges Plaisance, un ingénieur des Eaux et Forêts, avait déjà écrit des livres sur le rapport entre forêt et santé. Ce n'est que dans les années 2000 que les chercheurs japonais ont lancé des études qui ont mis en évidence le caractère bienfaisant de la nature sur la santé humaine[ii]. Des influences sensorielles sur le corps et le cerveau agissent notamment sur le système cardiovasculaire, le taux de stress, la tension artérielle, l'humeur... Le système immunitaire est renforcé pendant...

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[TRIBUNE] Ernst Zürcher :« Il ne suffit pas de planter des arbres... »

Créé le : 13/10/2020
Ernst Zürcher

Recueilli par Julien Dezécot

Alors que le changement climatique s’accélère, ramener l’arbre dans nos espaces de vie devient  une solution à laquelle recourent de nombreuses collectivités. Plusieurs entreprises en ont même fait un slogan. Certaines n’hésitent pas à planter en masse, pour compenser leur impact carbone dans le cadre de leur Responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Mais pour l’ingénieur forestier suisse Ernst Zürcher, les plantations artificielles ne sont pas suffisantes, sans une gestion forestière naturelle qui favorise la biodiversité.

« Dire "je plante un arbre" ne suffit pas. Planter un arbre, c’est mettre en place une jeune plantule qui a besoin de soins, de protection. Le premier geste consiste à réaliser une pépinière, faire germer, planter. Puis accompagner l’arbre dans son développement. Prenons l'exemple d'un jeune saule. En cinq ans, il ne va bien pousser que s’il a suffisamment d’eau. ll convient donc de garantir cet apport vital. Ce qui lui permettra d'accumuler 70 kg de biomasse. Cela correspond à une certaine quantité de dioxyde de carbone capturé par la photosynthèse et bloqué sous cette forme de biomasse. Ces 70 kg représentent le travail d'assimilation de l’arbre sur 5 années, soit près de 120 kg de CO2 capté. C’est à peu près la quantité de CO2 émise par une voiture dans l’atmosphère tous les 1000 km. Autrement dit, grâce à ce travail de l'arbre, tous les 5 ans vous pouvez faire 1000 km en voiture.

Mais il ne faut surtout pas que ces plantations soient gérées en monoculture. Une étude sino-européenne de 2018, a montré que les performances de captation des arbres sont décuplées dès lors que les essences sont mélangées. Durant les 8 premières années, on s’est rendu compte que les parcelles de cette étude - qui étaient composées de 16 espèces plutôt qu'une seule - captent plus du double de carbone que celles en monoculture. C’est très clair, on sait désormais que la biodiversité est l’essence de la forêt naturelle, puisqu'elle renforce la captation du CO2 ! »

Plus d’infos :

À découvrir prochainement Planter un arbre, créer une forêt d’Ernst Zürcher chez Actes sud et le film « La Puissance de l’Arbre », le 7 octobre en salle. Synopsis écrit par Ernst Zürcher.

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[DOSSIER] Il faut sauver la forêt primaire

Créé le : 13/10/2020

Photo pixabay. 

Par Magali Chouvion

Les forêts abritent 80% de la biodiversité terrestre et permettent de subvenir aux besoins de 1,6 milliard de personnes, selon l’UICN, l’Union mondiale pour la nature. Pourtant, treize millions d’hectares de forêts disparaissent chaque année, notamment en zone tropicale. De plus en plus de voix, dont celle du biologiste Francis Hallé, s’élèvent pour leur nécessaire protection, au nom de la survie de l’espèce humaine. Tout simplement.

 

« Arrêter la perte et la dégradation des écosystèmes forestiers et promouvoir leur restauration pourrait contribuer à plus d'un tiers de l'atténuation totale du changement climatique que les scientifiques estiment nécessaire d'ici 2030 », alerte un rapport de l’UICN sur le rôle primordial des forêts dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ces dernières représentent le deuxième puits de carbone du monde derrière les océans. Concrètement, « lorsqu’elles sont jeunes, les forêts fixent énormément de carbone grâce à la photosynthèse de leurs feuilles et rejettent beaucoup d’oxygène, explique Francis Hallé, biologiste et botaniste. Ensuite, elles vieillissent et leurs facultés de captation de carbone tend à diminuer pendant que celles de stockage dans leurs troncs et branches augmente. Il est donc très important de préserver les forêts anciennes, car si on les brûle ou les exploite, le carbone va se libérer dans l’atmosphère. » Et donc l’effet de serre augmenter. Les 17 millions d’hectares de forêts en France métropolitaine permettent ainsi d’absorber 70 millions de tonnes de C02 chaque année, évalue l’Office national des forêts...

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[CUEILLETTE] : Les Écologistes de l’Euzière, l’aventure naturaliste

Créé le : 11/10/2020

Photo: Avec dextérité, Louis Mertens attrape les insectes pour les poser dans son bocal avec loupe intégrée afin que le groupe puisse les étudier avant de les relâcher. Crédit : C. Cammarata

Par Céline Cammarata

Fidèles aux principes de l’éducation populaire, depuis leur création en 1974, les Écologistes de l’Euzière, dans l’Hérault, partagent et disséminent, au gré, notamment, de balades naturalistes, leurs savoirs botaniques et zoologiques sur les paysages méditerranéens.

Chaque mardi, un immuable rendez-vous se déroule domaine de Restinclières, situé vers Prades-le-Lez, au nord de Montpellier. Adhérent.es des Écologistes de l’Euzière, dits les Écolos, comme curieuses et curieux du coin, personnes de passage, tout le monde trouve sa place. Ainsi Sandra, conseillère agricole en viticulture sur le massif de la Clape, venue se former dans le cadre du programme de l’association : « je profite de ma présence en formation la journée pour participer à cette soirée afin de nourrir ma soif d’apprendre les savoirs ancestraux, tout autant dans le domaine des plantes médicinales que comestibles ».

Durant l’hiver, ces rencontres prennent la forme de conférences suivies d’un dîner partagé. Mais dès les beaux jours, ces passionné.es de nature prennent la clef des champs. Il faut dire que leur terrain de jeu compte 240 hectares, bordés par le Lez et le Lirou. Durant tout l’été, les écologistes et leurs acolytes déambulent au gré de leurs découvertes au soleil déclinant, puis ensuite partagent un pique-nique dans la fraîcheur de la nuit tombante. Ce soir-là, Jean Burger, co-président, guidera la visite aux...

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« L’éducation populaire la plus efficace est celle qui place les gens dans la pratique »

Créé le : 11/10/2020

photo : DR

Propos recueillis par Elodie Crézé

Lionel Larqué est chercheur(1), délégué général de l’Alliance sciences sociétés(2) (ALLISS). Il prône une éducation populaire et citoyenne à l’environnement « pour de vrai », ancrée dans une pratique de transformation du monde.

Qu’entend-on par une éducation populaire et citoyenne à l’environnement ?
Déjà il faut distinguer différentes familles : d’abord, celle de la sensibilisation aux enjeux de l’environnement. Il s’agit de retisser un lien au niveau sensitif et affectif entre les gens et l’environnement. Mais il faut savoir que ces concepts, hérités des Lumières, sur lesquels on s’appuie encore aujourd’hui sont biaisés, car ils n’incluent pas l’homme dans la nature. Le monde de l’éducation populaire ne les a pas réajustés. Cette éducation nie tout lien organique, écosystémique entre l’humain et la nature et toute interdépendance. Dans cette famille de sensibilisation, on tente de retisser un lien entre l’homme et son environnement en organisant des balades, des cueillettes... Mais il ne suffit pas d’être en face de l’œuvre, ou d’y être sensible pour agir !  L’hypothèse qui consiste à penser que plus on est sensibilisé aux enjeux de l’environnement, plus on va agir en responsabilité, grâce à un éveil civique, est fausse.
Idem que celle, héritage également des Lumières - portée tant par l’éducation populaire que par l’éducation nationale -  qui consiste à croire que des citoyens éclairés vont agir de façon éclairée. Ça ne fonctionne pas : un collectif de personnes éclairées ne signifie pas que chacun des citoyens le composant le soit : on n’agit pas en groupe comme on agit individuellement. Il faut en fait agir à 2 niveaux : à l’échelle des individus, de leur famille, mais aussi à l’échelle des cantons, d’une ville, d’une association.

Quelle serait, alors, une éducation populaire et citoyenne efficace ?
Le moteur dans l’action citoyenne, c’est le faire. Vous avez beau avoir conscience que les oiseaux, les arbres, disparaissent, ce n’est pas cela qui va vous faire agir. Pour moi l’éducation populaire la plus efficace est celle qui place les gens dans la pratique. Il faut pratiquer l’écologie. Si vous éduquez des enfants à l’alimentation en leur faisant produire eux-mêmes des légumes, cela change tout ! L’enfant qui pratique la terre, va saisir des choses organiques et sensitives qu’aucun cours ou diffusion de connaissances théoriques ne lui permettra d’acquérir. On accède au sensible uniquement par le sensible. Cette éducation populaire « pour de vrai » a un réel effet transformateur individuel et collectif, car les gens acquièrent des savoirs et savoir-faire par la pratique. Une expérience ne se transmet pas, elle se vit. Or il va falloir se « coltiner » le monde et arrêter de regarder passer les trains.

Plus d’infos : www.injep.fr/publication/pratiques-ecologiques-et-education-populaire

  1. Ouvrage collectif : Pratiques écologistes et éducation populaire, Les cahiers de l’action, Lionel Larqué, Emmanuel Porte
  2. ALISS sciences société est un collectif qui a pour ambition de « renouveler le pacte qui lie la société civile avec les institutions d'enseignement supérieur et de recherche ».
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« Si les réglementations semencières s’assouplissent, les agriculteurs auront plus de liberté »

Créé le : 09/10/2020
tomates de Koal Kohz- manon Boquen

légende : espèce de tomate ancienne issue de semences paysannes de Koal Kozh. Crédit : Manon Boquen

Recueillis par Élodie Crézé

Frédéric Thomas est chercheur au CNRS en biologie évolutive. Pour lui, la question des semences paysannes est sur la bonne voie pour réussir à s’imposer davantage,  mais il reste du chemin à parcourir pour leur complète libération.

 

Quel est l’enjeu des semences paysannes, notamment leur impact sur l’alimentation, en particulier dans les pays du Sud ?

Dans les pays les plus pauvres ou émergents, la plupart des systèmes agraires vivriers sont dépendants d’une production de semences par les agriculteurs eux-mêmes. Le système marchand, lui, ne parvient pas à répondre aux besoins des paysans locaux : soit parce que les semences sont trop chères, soit parce que les zones sont reculées. Ajoutons que les réglementations semencières de ces pays ne protègent pas assez les variétés commerciales. Les réseaux marchands n’investissent pas ces régions jugées, au final, pas assez solvables. Dans ce contexte, interdire d’un seul coup les semences fermières produites par les agriculteurs serait un non-sens. Malheureusement, les lobbies industriels exercent une pression auprès des ministères des agricultures pour les inciter à suivre le système européen ou américain en interdisant la pratique des semences de ferme…

En quoi les semences paysannes remettent en question la dépendance des paysans aux grands groupes industriels ?

D’abord, s’il est vrai de dire qu’à l’échelle internationale, le marché des semences est tenu par un oligopole constitué de quelques grands groupes(1) qui détiennent près de 80% du marché mondial des semences, ce marché reste avant tout celui des échanges entre les États. Il n’inclut pas forcément les pratiques à l’intérieur d’un seul pays. Ainsi, le marché domestique des semences n’en demeure pas moins très important ! Précisons ensuite que si des paysans souhaitent se tourner vers l’agroécologie, d’autres, nombreux, préfèrent garder des variétés performantes, issues des grands groupes industriels. De leur côté, les lobbies industriels résistent au discours de l’agroécologie car ils savent que si les réglementations semencières(2) s’assouplissent, les agriculteurs auront plus de liberté pour aller vers d’autres systèmes. Mais la grande bataille des semences paysannes a commencé à devenir publique. Ses défenseurs marquent progressivement des points sur l’idée que les réglementations semencières sont trop industrielles(2) et pas assez inclusives de la diversité des acteurs pour réintégrer les problématiques de conservation de la biodiversité dans les champs. Une nécessité pourtant, pour une agriculture plus résiliente.

  1. Entre autres Bayer, Monsanto, Syngenta, DowDupont.
  2. « Les réglementations semencières ont été construites au cours des Trente Glorieuses, favorisant un système industriel de mécanisation des cultures, de rentabilité aujourd’hui à bout de souffle, pour des raisons sanitaires, de surproduction et d’écologie des sols qui sont épuisés ». F. Thomas

NB : Distinction à faire entre les semences de fermes, qui peuvent être produites à partir de n’importe quel type de variétés, aussi bien industrielles qu’anciennes (donc ne sont pas forcément synonymes de biodiversité) ; et les semences paysannes qui nourrissent la biodiversité en utilisant essentiellement des variétés anciennes.

 

Plus d’infos : www.youtube.com/channel/UCQktYBFFWHuzUqudgmjx93w

Chaîne Youtube de Frédéric Thomas Histoire politique des plantes et des forêts

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[AGRICULTURE] En Bretagne, Kaol Kozh produit ses propres semences paysannes

Créé le : 09/10/2020
kaol kozh - manon Boquen

Légende : Le potager de Kaol Kozh, qui promeut les semences paysannes, se trouve en creux d’habitations. Crédit : Manon Boquen. 

Par Manon Boquen

Tout part des graines. L’association Kaol Kozh, basée en Bretagne, en est persuadée. Depuis 2007, elle cherche à former jardiniers et maraîchers à la production de leurs propres semences paysannes. Un moyen de protéger la biodiversité tout en s’autonomisant.

« Au fait, tu as des 48 ? », questionne Isabelle, carré blond et sweat-shirt rose, sur la route pour sa ferme de légumes de Roscoff. René, au volant, coiffé de son béret l’accompagnant partout, acquiesce volontiers. Oui, il a ça chez lui, des « 48 ». Et non, le nombre n’a rien d’un code utilisé pour d’étranges opérations mais se veut simplement le nom, qu’entre eux, les paysans et maraîchers de l’association de défense des semences paysannes Kaol Kozh («vieux chou » en breton), ont donné à une variété de chou, justement. Plus précisément aux graines permettant d’obtenir ces choux.

Isabelle Kervellec, 54 ans et René Léa, 63, ne badinent pas sur le sujet. Depuis de longues années, tous deux produisent chez eux une partie de leurs semences pour en faire des légumes consommables et commercialisables. L’oignon de Roscoff, le chou de Ploujean ou de Lorient… Les variétés paysannes, adaptées à leur environnement et au terroir, ont retrouvé leur place dans leurs champs. Et il arrive de temps en temps qu’ils s’achètent des graines et en découvrent de nouvelles par le biais de Kaol Kozh.

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[LUTTE] Dans la Drôme, haro sur la carrière du Mont Vanille

Créé le : 07/10/2020

Par Jérémy Pain

À Saint-Nazaire-en-Royans (Drôme), un projet prévoit l’implantation d’une carrière sur le Mont Vanille. Informés tardivement, les habitants des communes environnantes s’opposent depuis à ce futur chantier et espèrent son abandon. Ils dénoncent notamment la détérioration de leur cadre de vie, de la biodiversité et le manque de démocratie locale. Une décision préfectorale sera rendue dans les prochaines semaines.

En ce samedi d’été ensoleillé, les berges de l’Isère à Saint-Nazaire-en-Royans offrent une vue imprenable sur les montagnes environnantes et l’aqueduc qui enjambe le village. L’entrée du parc régional du Vercors et des routes qui vont désormais serpenter dans les gorges. Des notes d’accordéon s’échappent d’une scène, pourtant les 200 personnes réunies ce jour n’ont pas la tête à la fête. Elles sont venues crier leur désaccord face à un projet qui menace ce paysage de carte postale. La crise de la Covid-19 a mis en sourdine leur colère pendant quelques semaines mais elle n’a pas mis longtemps à ressurgir. Début juin, la publication du rapport du commissaire-enquêteur (CE), favorable à l’ouverture d’une carrière, a fait bondir les habitants de Saint-Nazaire-en-Royans. Ce chantier sur le Mont Vanille, à 150 mètres des premières habitations du village de 800 habitants, ils n’en veulent pas.

Le projet, d’une emprise de 4,4 hectares à flanc de colline, prévoit à terme l’exploitation de 90 000 tonnes de roches par an sur une durée renouvelable de 30 ans. Porté par un entrepreneur local, il a été voté discrètement par l’ancienne municipalité. Lorsqu’à la fin 2019, les habitants ont pris connaissance du programme dans le journal communal, une opposition citoyenne s’est constituée, élargie aux communes environnantes, impactées notamment sur le plan visuel. “Ça fait 7 ans qu'ils ont préparé un projet “en loucedé”, qu'ils ont lancé les billes et on découvre ça à la dernière minute”, fulmine Pierric Duflos, opposant de premier plan. “J'habite à 500 mètres du site. C’est en amenant ma voiture en panne au garage que j’ai été mise au courant fin 2019”, renchérit Maud qui a intégré depuis l’association qui s’oppose à la carrière. Sur les réseaux sociaux, ils sont plus de 1000 personnes comme elle à suivre l’avancée du projet et souhaiter son retrait. “On va détruire sur cette montagne toute une faune et une flore qui sont protégées. Cela m'a mise dans une grande colère.” Le rapport du CE note à ce titre que 167 espèces de fleurs ont été répertoriées sur l’emplacement de la future carrière dont trois à enjeu très fort. Des espèces animales à enjeu de conservation fort ou modéré sont également présentes sur le site dont des oiseaux, des chauves-souris ou encore la genette commune, mammifère nocturne très discret.

Ambiance houleuse

Les griefs s'accumulent contre le projet : nuisances sonores, paysage et valeur immobilière dégradés, crainte de faire fuir les touristes, conséquences sur l’environnement et la santé. L’enquête publique, étalée sur les deux premiers mois de l’année 2020, s’est conclue par une réunion à laquelle ont participé plus de 300 personnes venues chercher de précieuses informations. La rencontre s’est déroulée dans une ambiance houleuse due en grande partie à l’attitude du commissaire, jugé trop proche des intérêts du porteur de projet. “Il n'a pas rempli ses obligations puisqu'il n'a pas mis au centre de la question l'acceptabilité sociale du projet. Les habitants ne veulent pas de cette carrière”, assure Pierric Duflos.

Pour l’entrepreneur local, Benoît Gauthier, qui a justifié son projet auprès des habitants lors de la réunion publique, la carrière va au-delà du cadre réglementaire. “J'ai pris des engagements forts comme celui de ne pas faire d'exploitation du 15 juin au 15 septembre hormis le chargement et le transport. Nous recyclerons les matériaux, c'est une économie circulaire.” Par ailleurs, le carrier assure que l’impact visuel sera minimisé du fait de l’exploitation dite “en dent creuse” de la roche.

La confiance est rompue, ces arguments peinent à convaincre les contestataires. Une position confortée depuis par l’avis défavorable rendu par le Conseil national de la protection de la nature, par de nombreuses communes alentours ainsi que par le conseil scientifique du parc régional naturel du Vercors. Surtout, lors des dernières élections municipales, le maire sortant de Saint-Nazaire-en-Royans et toute son équipe ont été balayés au profit d’une liste renouvelée, ouvertement opposée à l’ouverture de la carrière. Le scrutin a fortement mobilisé la population avec un taux de participation de 67,8% contre 44,66% au niveau national.

L’ouverture de la carrière devrait, selon le porteur de projet Benoît Gauthier, amener à la création de sept emplois maximum et une redevance annuelle autour de 20 000 euros à la commune selon l’ancien maire de Saint-Nazaire. Bien trop peu pour les opposants qui ne sont pas pas prêts à brader leur montagne, leur “jardin”. “Avec tous les désagréments que ça peut avoir en termes de vibrations des tirs d'explosifs, de pollution aux poussières, de trafic routier, de risque sur le canal historique de la Bourne qui irrigue la plaine de Valence… C'est un projet opaque”, se désespère Pierric Duflos, encore sonné par les compromis de l’ancienne équipe municipale.

Priorité à l’eau potable !

Mais, pour l’opposition, l’argument-massue se situe au niveau des ressources naturelles des lieux. “Le premier enjeu, c'est l'eau potable. Le deuxième c'est l'eau, le troisième c'est l'eau”, établit Laurent Garnier, figure de la résistance locale en sa qualité de gestionnaire des activités touristiques de pleine nature dont les grottes de Choranche et de Thaïs. Ce sont ces dernières qui sont au centre des préoccupations. “La source karstique de Thaïs est l'une des plus importantes du Vercors. Elle est mise en réserve stratégique pour le futur et peut donner de l'eau potable pour 20 000 personnes. Les produits polluants des explosifs peuvent souiller les nappes. Les études géologiques ne sont pas suffisantes pour prouver avec certitude que l'eau polluée de la carrière ne viendra pas ici”, s’inquiète le spécialiste. Les opposants demandent des traçages pour prouver l’absence d’impact. “La priorité doit être donnée à l'eau potable et non à la carrière. On parle de la collectivité, de l'humain, des générations futures. On oublie l’avenir. Qu’est ce qu’on va laisser à nos enfants ?”, s’indigne Marlène, membre de l'association Protégeons le mont Vanille Royans Vercors.

Dans son rapport, le commissaire-enquêteur analyse qu’il n’y a aucun risque lié à l’eau sur le site. Examen contrebalancé dans le même rapport quand la mission régionale d’autorité environnementale (MRAE) signale “qu’il n’y a pas de certitude totale quant à l’absence de relation du site avec l’aquifère karstique de la source de Thaïs.”

Saint-Nazaire... le désert ?

La balle est désormais dans le camps du préfet qui doit rendre son avis dans les prochaines semaines. Mais le collectif ne se fait pas d’illusion. Dans l’immense majorité des cas, le représentant de l’Etat suit les recommandations du commissaire-enquêteur. Son rapport donne le feu vert au carrier mais fait grincer des dents les opposants. Entre le manque de clarté et de rigueur, ils ont relevé de nombreuses “perles” à l’intérieur du document. À plusieurs reprises notamment, Saint-Nazaire-en-Royans devient Saint-Nazaire-le-Désert... “C'est peut-être prémonitoire parce qu'avec la carrière, il y a de grandes chances que la commune soit dépeuplée”, ironise Pierric Duflos.

Se prépare donc un combat dans la durée à coups de recours. L’histoire se terminera-t-elle comme celle du projet de Center Parcs, dans la forêt voisine de Roybon, fraîchement abandonné après plus de dix ans de procédure ? Pour Laurent Garnier, “ce serait dommage, c'est une guerre qui mène à des combats pas toujours bons pour le territoire et où personne ne sort gagnant”.

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La proximité pour un Puy-de-Dôme écologique.

Créé le : 02/10/2020
Jean-Yves GOUTTEBEL, Président du Conseil départemental du Puy-de-Dôme, Vice-Président de l’Assemblée des Départements de France - copyright CD63

Depuis 2004, Jean-Yves GOUTTEBEL, Président du Conseil départemental du Puy-de-Dôme a pour devise «la solidarité des HOMMES et des TERRITOIRES, et des GENERATIONS ». Parmi les projets emblématiques qu’il a porté pour le Département, nombre d’entre-eux sont en lien avec la transition écologique, dont il fait sa priorité, tels que la construction du train à crémaillère au puy de Dôme, l’inscription de la Chaîne des Puys au patrimoine mondial de l’UNESCO, la création du réseau Agrilocal favorisant les circuits courts et l’économie locale, le dispositif Cocon 63 pour épauler les collectivités dans leur effort de maîtrise énergétique, ou encore les Défis Collèges Nature pour sensibiliser les jeunes générations aux enjeux écologiques. Dans son dernier livre « Eloge de la proximité, au service des territoires » paru aux éditions Ramsay en 2020, il exprime sa vision, celle d’une proximité qui répond à un besoin, certes, mais qui est aussi un moyen pour contribuer à répondre aux grands enjeux du XXIe siècle  : la démocratie participative, l’engagement écologique fort, et la différenciation territoriale. Entretien en 3 questions.

Quelles prises de conscience - selon vous - suite à la crise Covid ?
La crise sanitaire et économique que nous traversons doit nous pousser à nous interroger encore plus sur nos modes de vie, sur les défis qui nous attendent et qu’il nous faut relever. La question très prégnante de la transition écologique doit être plus que jamais une priorité pour tous. Elle implique une transformation de notre société : consommer, travailler, produire, se déplacer, urbaniser AUTREMENT. S’il est primordiale que l’Europe soit indépendante sur le plan industriel, notamment dans les secteurs de la santé et pharmaceutique, cette pandémie a montré la capacité d’attraction de la ruralité et renforcé cette conviction que le modèle actuel doit lui aussi changer. Jamais la notion de proximité n’a été autant d’actualité. Jamais l’urgence d’agir ne s’est fait autant sentir.

Quelles conséquences  à l’échelle de votre Département ?
Le Conseil départemental du Puy-de-Dôme avait déjà placé la transition écologique au cœur de la matrice départementale. J’ai décidé d’aller encore plus loin, et d’en faire le pivot de toutes nos politiques, dans une continuité méthodologique. Emmener un territoire sur la voie de la transition écologique est un voyage aux enjeux multiples et complémentaires : sens de la communauté, solidarité, accès aux soins pour tous, gestion de l’eau et consommation raisonnées, environnement préservé, atmosphère sans carbone, production relocalisée... Convaincu que le « local » et les territoires de proximité sont les échelons efficaces et pertinents pour réussir le changement de société, je souhaite associer dans cette aventure tout le territoire, collectivités, professionnels, associations, citoyens, sous la bannière commune « Notre Puy-de-Dôme écologique ».

Concrètement, comment se traduit cet engagement ?
Le cap est fixé et les objectifs émergent des groupes de travail (élus, agents, partenaires...) qui ont été constitués autour de 6 thématiques identifiées : gestion durable des ressources en eau, agriculture durable et alimentation saine, solidarité et réduction des inégalités, mobilité durable et qualité de l’air, recours aux énergies renouvelables, environnement naturel exceptionnel et patrimoine. À l’automne, nous présenterons notre master plan de la transition écologique. Parallèlement, afin de tendre vers une véritable exemplarité, j’ai souhaité que le Département du Puy-de-Dôme ouvre ses débats, ainsi nous avons lancé début 2020, le 1er budget écologique citoyen, participatif, consacré à des projets 100 % citoyens favorisant la transition écologique, auquel nous consacrons plus de 2 millions d’euros. Les projets citoyens lauréats seront déployés dès cette fin d’année. Et puis, autre engagement important, en janvier 2021, le Département du Puy-de-Dôme devrait s'engager dans la Fabrique des Transitions, en tant que Département pilote, et ainsi rejoindre l’alliance qui s’est constituée au plan national, notamment autour de Jean-François Caron, maire de Loos en Gohelle, référence nationale en matière de transition réussie, qui accompagne activement le Département du Puy-de-Dôme dans sa transition écologique.

 



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www.puy-de-dome.fr

[FNE] : Extension des aéroports en région, c’est NON !

Créé le : 02/10/2020

Par FNE PACA

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, des projets d’extension d’aéroports ressortent des cartons. Alors que la crise de la Covid-19 nous fait (re)prendre conscience de la nécessité de protéger notre planète, les intérêts privés semblent primer sur le bon sens en matière d’aviation.

A Marseille, le projet d’extension du terminal 1 prévoit la création d’un bâtiment supplémentaire de 20 000m² et vise à augmenter le trafic du terminal de 8 à 12 millions de passagers. L’autorité environnementale continue de demander une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux, notamment sur la qualité de l’air, les nuisances sonores et la lutte contre l’imperméabilisation des sols. Sur ces sujets, elle constate que la séquence Eviter, Réduire, Compenser (ERC) n’a pas été mis en œuvre.

A Nice, c’est le projet d’extension du terminal 2 de l’aéroport porté par la société Aéroports de la Côte d’Azur qui est visé. L’étude d’impact du projet n’analyse aucunement les conséquences prévisibles de cette extension sur ces émissions futures de gaz à effet de serre. Rien n’est dit non plus quant à la préservation de la santé des populations qui subissent une qualité de l’air dégradée depuis des années.

A Tallard, la Chambre de Commerce et d’industrie des Hautes-Alpes et l’Union Pour les Entreprises des Hautes-Alpes prévoient de développer une ligne Gap-Paris pour les chefs d’entreprises (premier test en 2018) alors même que le train de nuit devrait rendre un bien meilleur service qu’aujourd’hui.

L’aéroport d’Avignon Provence quant à lui est un aéroport fantôme. D’une superficie de 1500m², il est complètement surdimensionné : prévu pour accueillir 200 000 passagers par an, il n’en accueille pas plus de 16 000 par an[1] et sa reconversion industrielle reste partielle.

[1] Chiffres issus des Résultats d’activité des aéroports français de 2018 : < https://www.aeroport.fr/uploads/Rapport%20d%27activit%C3%A9%20final.pdf

Des projets en contradiction avec les ambitions de lutte contre les changements climatiques

Ces projets d’extension ne cessent d’accroître le trafic aérien au détriment de l’urgence à réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

Au niveau mondial, le trafic aérien représente plus de 2% des émissions de gaz à effet de serre. S’il était un pays, il serait le 7e pays le plus émetteur de GES au monde, avec environ 700 millions de tonnes de CO2 émis (en 2012), soit l’équivalent d’un pays comme l’Allemagne[1].

Des impacts sur la qualité de l’air

En plus des différents gaz à effet de serre qu’il émet, le secteur aérien est également la source de polluants qui dégradent la qualité de l’air et la santé humaine comme le monoxyde de carbone (CO),  les oxydes d’azote (NOx) ou les particules fines (PM10 et PM2.5). Dans une région où 4 Plans de Protection de l’Atmosphère essaient de contribuer à respecter les normes européennes de qualité de l’air, une augmentation du trafic aérien ne ferait que saper les efforts mis en place par les autres secteurs. Mentionnons enfin les nuisances sonores, bien supérieures aux recommandations des organismes de santé par le survol quotidien d’avions, en particulier la nuit. L’autorité de Contrôle des Nuisances Aéroportuaires (ACNUSA) a recensé près de 800 manquements aux règles environnementales déterminées par arrêtés ministériels sur les principaux aéroports français ces cinq dernières années[2] pour un total de 19.6 millions d’euros d’amendes infligées.

Nos demandes

  • L’abandon de tout projet d’extension des installations aéroportuaires
  • L’arrêt de toute subvention aux aéroports régionaux (Avignon…) et de toute aide aux aérogares (MP2…) et compagnies aériennes
  • Une redevance régionales sur les atterrissages et les décollages
  • Le retour des trains de nuits et trains intercités et une meilleure complémentarité des dessertes TGV / TER

[1] Réseau Action Climat – Cinq mythe sur le rôle du transport aérien dans les changements climatiques 2015

[2] Rapport annuel 2019 de l’ACNUSA < https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/194000791.pdf >

>>Retrouvez notre dossier sur l'inutilité des petits aéroports régionaux, dans le Sans Transition! n°1 de juillet 2016. 

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