[INTERVIEW] Damien Hardy : La lactation longue, « une pratique qui tend à augmenter »

Publié le ven 04/06/2021 - 12:00

Propos recueillis par Élodie Crézé

Damien Hardy est rédacteur en chef des revues Pâtre, et La chèvre. Il revient sur le processus de lactation longue, qui tend à se pratiquer de plus en plus chez les éleveurs caprins français.

Peut-on considérer la lactation longue comme un exemple d'agriculture paysanne rompant avec une agriculture productiviste ?

Pas forcément, non, car cela peut être pratiqué par des "petits" comme par des "gros" éleveurs, à la fois chez les fromagers-fermiers et ceux qui produisent du lait pour les laiteries. Aujourd'hui, un tiers des éleveurs mettent en place la lactation longue, sur une partie ou la totalité de leur cheptel. La pratique tend à augmenter. Certains choisissent ainsi de maintenir en lactation les chèvres les plus productrices (ou les plus âgées, qui ont une bonne persistance laitière, NDLR). Certaines chèvres peuvent avoir des problèmes de fertilité, or le fait de les garder en lactation longue permet de maintenir leur production.

Le fermier en lactation longue produit ainsi du lait toute l'année, avec à peu près les mêmes quantités que les autres éleveurs (en lactation saisonnée). Les fromagers-fermiers peuvent travailler en toute saison et ceux qui produisent essentiellement du lait le vendent plus cher en hiver du fait d'une moindre production.

Quelles sont les limites à ce type d'agriculture ?

En termes d'organisation du travail, la lactation courte comporte une trêve de deux mois en fin d'année. Cette coupure, outre l'avantage de permettre à l'agriculteur de "souffler" un peu, permet à la chèvre de "nettoyer" la mamelle, pour éviter les éventuelles infections. Le prix du lait se fixe sur sa qualité. Et l'un des critères évalués est celui de la quantité de cellules somatiques qu'il comporte, qui doit être basse : le fait d'arrêter la traite permet de repartir ensuite à un niveau plus bas.

Avec la lactation longue, moins de chevreaux sont envoyés à l'abattoir. Est-ce un avantage pour le bien-être animal et les préoccupations du consommateur ?

Il est vrai que le fait d'avoir moins de chevreaux à gérer constitue une motivation supplémentaire pour l'éleveur. Même si on ne peut pas totalement se passer de chevreaux, et qu'il faut renouveler une partie de son troupeau de temps en temps, c'est un réel avantage. En effet, chaque mise bas comporte un risque de mortalité pour la chèvre et des risques obstétriques. Limiter la reproduction les restreint.

Plus d'infos : www.fidocl.fr/